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Fear The Walking Dead - Bilan saison 4

Bilan saison 4 © AMC - 2018

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique. Pour plus de détails concernant les épisodes, veuillez lire les critiques hebdomadaires de la saison.

AMC vient d’achever la diffusion de la quatrième saison de Fear the Walking Dead tandis qu’elle entame celle de sa grande sœur qui, à l’aube de sa neuvième année, traverse une crise des audiences. Dès l’année dernière, les têtes pensantes de la franchise ont initié des grandes manœuvres pour sortir l’univers zombiesque de la torpeur dans laquelle il s’était enlisé. Et c’est avec Fear qu’ils ont commencé, et ce malgré une troisième saison de bonne facture grâce au renouvellement des équipes créatives qui ont su faire preuve d’audace en s’émancipant quelque peu de la domination de la série mère.

Nouveau départ

Malgré cette évolution positive, la série s’est retrouvée au cœur d’un remaniement d’ampleur avec l’arrivée aux manettes de Scott Gimple. Fraîchement débarqué de The Walking Dead, le showrunner décrié pour ses récents choix créatifs prend la place de l’historique Dave Erickson qui avait initié ce projet avec Robert Kirkman. Gimple a hérité d’une patate chaude avec un chantier d’envergure : réinventer Fear et rapprocher définitivement les deux séries. Et c’est un véritable soft reboot que Fear the Walking Dead va subir, embrassant officiellement le statut de spin-off après trois années cantonnée au rang de « série compagnon ». La tâche a été confiée à Andrew Chambliss et Ian Goldberg qui ont officié sur Once Upon a Time (2011). Le duo de showrunners débarque sur la série avec ses petites habitudes, du simple générique changeant chaque semaine jusqu’à enrôler leurs collaborateurs habituels.

Alors que la production affirmait qu’un crossover n’aurait jamais lieu – ou presque -, elle décide finalement de jouer cette carte. Et elle n’y est pas allée de main morte : Morgan, interprété par Lennie James, quitte la série mère pour rejoindre sa petite soeur. Une tentative pour ramener des téléspectateurs historiques de The Walking Dead vers le spin-off qu’ils auraient boudé. Après plusieurs mois de rumeurs, le choix de ce personnage a quelque peu refroidi les foules qui espéraient mieux. Côté communication, l’enjeu est de taille : Morgan s’affiche au côté des Clark et compagnie allant même jusqu’à les éclipser sur les supports promotionnels. Le public découvrira l’événement tant attendu à l’occasion du « Survival Sunday » (Dimanche de survie) où le season premiere de Fear the Walking Dead est diffusé à la suite du season finale de The Walking Dead qui voyait la défaite de Negan et de ses Sauveurs. Alors, il vaut quoi ce Fear 2.0 ?

Fear 2.0

Pour initier cette nouvelle saison, la série va agiter la baguette magique de l’ellipse temporelle. Il faudra à peine cinq minutes pour voir Morgan traverser les deux mille kilomètres qui séparent Alexandria et le Texas. De nouvelles têtes font rapidement leur apparition. John Dorie (Garret Dillahunt), un cow-boy sympathique pro de la gâchette et Althea (Maggie Grace), une mystérieuse journaliste qui se balade dans un imposant blindé du SWAT. Fear frappe fort dès son season premiere qui exhibe la toute nouvelle identité visuelle de la série. Une image désaturée, proche de noir et blanc, illustre le propos grâce à ses nuances de gris. Cette patine charbonnée deviendra la marque de fabrique de cette nouvelle saison, soulignant davantage la rupture avec les trois saisons précédentes.

Un peu plus tard, c’est l’infirmière fugueuse June (Jenna Elfman) qui fait son entrée. La scène commence à être bien remplie et c’est sans surprise que d’autres personnages finissent par disparaître. La famille Clark va connaître une véritable hécatombe puisque Nick et Madison succombent aux Vautours, un groupe de nomades, nemesis de nos héros cette année. Fear n’a donc pas hésité à tailler dans son casting historique pour accélérer la transition. La deuxième partie de saison apportera elle aussi son lot de nouveaux venus : Jim (Aaron Stanford), un brasseur indépendant pas très courageux ainsi que Wendell et Sarah (Daryl Mitchell et Mo Collins), un frère et une sœur à l’humour piquant bienvenu.

La série s’est hâtée d’enterrer le passé pour se consacrer pleinement à sa nouvelle facette. Exit donc la transition en douceur pour une coupure nette – ou presque – comme après une morsure de rôdeur au bras. Malgré quelques espoirs, nous n’obtiendrons aucune réponse claire à la suite directe de l’explosion du barrage de Tijuana. Les Clark et compagnie se retrouvent relégués au dernier rang et abdiquent. Il apparaît alors clairement que cette saison est bien celle de Morgan. Il vient apporter toute sa sagesse et son expérience en terres texanes malgré ses tourments récurrents. Un schéma habituel qui a de quoi lasser, ne laissant au personnage qu’un rôle de modérateur neutre pas franchement intéressant. Ce n’est que face l’instable Martha (Tonya Pinkins) que l’homme au bâton hérite d’une approche pertinente de sa psychologie. Au final, le renouvellement du casting s’avère porter ses fruits grâce à des personnages originaux incarnés par des comédiens aux prestations solides. Poussé dans l’ombre, le casting original souffre et se voit affubler d’intrigues secondaires bouche-trou, notamment après les départs de Frank Dillane et de Kim Dickens.

Le meilleur... comme le pire

Pour son grand retour, Fear the Walking Dead avait frappé fort grâce à une introduction de qualité à sa nouvelle identité visuelle. Une vague d’air frais sur laquelle la série surfe en proposant par la suite le dense et dynamique Another Day in the Diamond ainsi que le profond et poétique Good Out Here. Cette nouvelle saison bien entamée, le rythme s’essouffle naturellement avec les moyens Buried, Laura et Just in Case. Heureusement, The Wrong Side of Where You Are Now s’impose comme une antichambre efficace au mid-season finale No One’s Gone qui vient conclure efficacement le premier arc du renouvellement du show.

Une première partie rythmée grâce à un choix de narration audacieux qui, tout au long de ces huit épisodes, alterne deux timelines différentes. Le présent, caractérisé par une image désaturée et sombre, ainsi qu’un passé proche à l’image plus douce et colorée. Deux manières de souligner la dualité de l’intrique principale. Il y a tout d’abord la nouvelle vie des Clark et Compagnie qui, après le Mexique, se sont efforcé de bâtir l’avenir au cœur d’un stade de baseball. Puis les conséquences de l’arrivée des Vautours, groupe ennemi à l’origine de la destruction de la communauté du stade et responsable de la mort de Nick et Madison. Les équipes créatives sont parvenues à faire cohabiter naturellement les deux timelines, l’une alimentant l’autre et vice-versa. Une maîtrise de la narration qui a permis l’aboutissement de ce renouveau malgré les risques encourus.

À la mi-saison, deux mots s’imposaient alors d’eux-mêmes : mission accomplie. On aurait aimé que Fear maintienne ce niveau toute sa saison mais la série est rapidement retombée dans ses travers. People Like Us nous laissait déjà entrevoir le gâchis que cette seconde partie de saison allait être. Le mid-season premiere s’est démarqué par un manque incompréhensible d’histoire à raconter. Exit les Vautours, énième nemesis expédié, pour une procession semée d’embûche vers Alexandria, nouvelle lubie de la girouette Morgan. L’intrigue ne fait plus appel aux flashbacks et se contente du strict minimum. Il y avait pourtant du potentiel grâce à cet ouragan longuement teasé par la production et qui a finit par faire l’effet d’un pétard mouillé. Ce qui aurait pu être une idée originale percutante a finit par se délier en un simple prétexte pour séparer les personnages puis mettre en scène leur retrouvailles. Seul le singulier Close Your Eyes tire profit de la tempête grâce à une mise en scène léchée aux airs de film d’horreur. Noyé dans cette torpeur, MM54 vient également nous sortir la tête de l’eau le temps d’un épisode somme toute classique qui réintroduit néanmoins quelques enjeux au travers d’une réalisation remarquable. Une bouffée d’air frais salvatrice qui laisse place à un two-parter finale décevant. Les showrunners signent ici une conclusion bas de gamme dynamité par le recours aux facilités scénaristiques. Une fin moyenne dénuée de tout intérêt pour une seconde partie de saison tout aussi insipide. De quoi bousiller tous les efforts de renouveau de ce Fear the Walking Dead 2.0.

La série démontre qu’elle a su imposer une nouvelle identité tout en ayant du mal à se débarrasser de ses vieux démons. Un bilan que l’on peut facilement tirer tant les deux parties de saisons sont différentes. Et ça ne tient pas du tout au hasard : Andrew Chambliss et Ian Goldberg ont pensé cette saison en deux arcs de huit épisodes. Une idée pas forcément mauvaise si les deux parties sont complémentaires et de qualité, ce qui n’était pas du tout le cas cette année. Et le public ne s’y est pas trompé : le premier arc a été suivi par une moyenne de 2,7 millions de téléspectateurs tandis que le second par 1,8 millions de survivants. Notons par ailleurs que cette année, la franchise n’a pas produit de web-série après Flight 462 et Passage.

La suite ?

Alors que cette saison a longuement teasé un retour de Morgan vers Alexandria, la toute de fin de celle-ci a montré qu’il n’en était rien. À la place, le groupe décide de rester dans le secteur de venir en aide aux autres survivants et notamment ceux des cassettes d’Althea. Un avant-goût de ce qui nous attend pour la saison 5 déjà confirmée. Les deux showrunneurs ont également annoncé le potentiel retour d’un membre historique du casting porté disparu depuis la fin de la troisième saison.

Une chose est sûre, le futur de Fear the Walking Dead est intimement lié à celui de la franchise. En haut lieu, des projets d’envergure sont en préparation et de nouvelles déclinaisons de l’univers serait en réflexion avec l’idée –récurrente- d’un film et d’un ou plusieurs nouveaux spin-off. Une confiance à nuancer alors que le vaisseau amiral affronte une baisse d’audience significative en plus de voir le départ des historiques Andrew Lincoln et Lauren Cohan. Des nouvelles qui pourraient pousser AMC à revoir ses plans de faire vivre indéfiniment son programme phare. De quoi également tempérer les envies d’un univers partagé semblable dans la veine du fameux Marvel Cinematic Universe. Malgré son statut à part, Fear est loin d'être à l'abri de toutes ces turbulences.

6/10

Bilan

Nouvelle identité visuelle et casting renouvelé font de ce soft reboot une bouffée d’air frais bienvenue dans la franchise. Une introduction très prometteuse diluée par une seconde partie de saison insipide qui renoue avec les vieux démons de la série. Si Fear the Walking Dead a démontré qu’elle pouvait initier un solide nouveau départ, elle s’est également perdue dans de nombreuses et dommageables sorties de route.

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