Critiques

Seriesaddict.fr  par | 0

Atypical - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © Netflix - 2018

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

La fin de l’été pointait doucement son nez que Netflix annonçait, à la grande surprise de tous, la diffusion de la seconde saison d’Atypical pour la rentrée scolaire. Loin des titres phares de la plateforme, Atypical jouit néanmoins d’une bonne réception critique et publique. Si elle se classe aisément dans la liste de ces petites séries feel-good qu’il fait bon regarder tranquillement, elle n’en oublie pas son thème central qui lui l’est moins : l’autisme de son personnage principal. Je vous propose donc un rapide retour sur cette seconde saison.

Saison 1.5

J’ai fini le visionnage de cette nouvelle fournée avec l’impression d’avoir davantage assisté à une saison 1.5 qu’à une véritable saison 2. Un sentiment exacerbé par la relecture de mon bilan de la première saison pour préparer celui-ci. L’histoire reprend quasiment là où elle s’était arrêtée pour continuer son développement sans réellement apporter de nouveauté. Atypical souffre d’ailleurs toujours des mêmes maux. La série doit son salut au duo Sam/Casey qui survole littéralement un show qui semble incapable d’écrire des intrigues secondaires et de porter des personnages récurrents dignes d’intérêt.

L’enfer, c’est les autres

Assez habilement je dois l’avouer, Atypical pose son personnage principal comme le seul membre « normal » d’une famille en pleine tourmente. Tout semble bien filer dans son monde malgré l’agitation autour de lui. La cellule familiale, pilier pour un enfant autiste, vole en éclat : entre la séparation des parents et le départ de Casey à l’université, Sam perd peu à peu de précieux repères jusqu’à en être finalement très affecté et se sentir responsable de la rupture de son « groupe d’appartenance ». À l’origine de certaines tensions dans la famille à cause de son autisme, celle-ci finira par se réunir autour de lui pour un happy ending un peu trop facile.

Michael Rapaport hérite malheureusement d’une intrigue bâclée : son personnage de père de famille cocu et déboussolé tourne rapidement en rond. Le pire est à trouver du côté de Jennifer Jason Leigh qui incarne la mère de famille en pleine descente aux enfers après avoir trompé son mari. Les quelques passages intéressants, à savoir l’éloignement avec sa famille et surtout Sam pour qui elle a tout donné, sont noyés par une interprétation à côté de la plaque. Je n’arrive toujours pas à expliquer pourquoi l’équipe créative a donné un côté ado boudeur à ce personnage qui méritait un traitement beaucoup plus sérieux.

Entré à l’université, le personnage de Casey quant à lui semble cocher toutes les cases des clichés des teen dramas en milieu scolaire : la rivale méchante, le rapprochement forcé, puis l’amitié pour finalement terminer sur un potentiel love interest. Une storyline bas de gamme bien heureusement dissimulée par la fraîcheur et le naturel à toute épreuve de Brigette Lundy-Paine qui continue de briller.

Autisme(s)

Au rang des rares points positifs, la série de Robia Rashid étoffe sa représentation de l’autisme. À travers un groupe de paroles de lycéens autistes, Atypical met en scène les luttes intérieures et interrogations de ces adolescents qui vivent pourtant une vie toute aussi normale que celles des autres malgré leur condition.

Notre perception des autistes est également questionnée avec l’arrestation de Sam, en pleine crise dans la rue. Pris pour un déséquilibré par les forces de l’ordre, il finit en cellule pour le reste de la nuit. À travers la voix de Doug, la série interpelle et propose à ce que les personnels de secours soient formés à prendre en charge des autistes. Un écho particulier à l’actualité US régulièrement marquée par l’exécution de personnes en situation de détresse psychologique alors qu'elles sont confrontées à la police.

Dès son introduction, puis à quelques reprises, Atypical sort la carte du flashback pour raconter la jeunesse de Sam avec notamment les premiers signes de son autisme ainsi que le diagnostic de celui-ci. Toujours sur le thème de la normalité, l’adolescent se voit félicité pour les efforts qui l’ont mené à avoir un quotidien on ne peut plus normal : il travaille, vient d’avoir son bac et entretien des relations d’amitiés et sentimentales. Cette seconde saison tourne d’ailleurs autour de l’orientation post-bac de celui-ci et du stress induit par les futurs grands changements liés aux études supérieures. Le harcèlement scolaire sera également évoqué à deux reprises. Keir Gilchrist confirme son rôle de véritable pilier d’Atypical grâce aux efforts de caractérisation de son personnage (au dépend des autres malheureusement) et à des storylines plus soignées. Une chose est sûre, sous son apparente légèreté, le show a toujours eu à cœur de montrer le mal être de ses personnages sans jamais –ou presque- tomber dans le pathos.

Bilan

Atypical survole ses intrigues sans vraiment les explorer. Le season finale Ernest Shackleton’s Rules for Survival résume assez bien le problème : expédié et sans enjeu, il clôture une saison lisse et balisée. Le finale se hâte de boucler les intrigues débutées quelques épisodes plus tôt pour laisser place à d’autres : l’entrée de Sam à l’université, la vie sentimentale de Casey et la séparation de Doug et Elsa.

En coulisses, on aurait pu espérer mieux. Quand bien même chaque épisode (ou presque) a été tourné par un réalisateur différent, l’identité visuelle de la série reste strictement la même, la mise en scène s’effaçant au service de l’intrigue. Une vision créative assumée qui pourrait fonctionner si les dites intrigues étaient dignes d’intérêt. Robia Rashid signe d’ailleurs la moitié des épisodes de cette seconde saison qui compte deux épisodes supplémentaires. Assez rare pour le noter, la créatrice s’est entourée d’une majorité de femmes scénaristes ou réalisatrices pour mettre en boîte cette seconde saison.

D’ores et déjà renouvelée pour une troisième saison, Atypical va devoir choisir entre conserver son rythme de croisière qui tend vers la torpeur ou prendre son envol. L’équipe créative doit parvenir à homogénéiser ses efforts d’écriture et de mise en scène jusqu’ici siphonnés par son héros. J’aurai également apprécié que Robia Rashid lâche un peu la bride et ose davantage dans sa volonté de représentation l’autisme à l’écran. Mais j’en suis venu à me dire que ce n’était peut-être pas ce que la série voulait être. Quand bien même elle reste « gentille », Atypical est définitivement nécessaire. Et malgré ses nombreux défauts, je me suis toujours laissé embarqué par sa bonne volonté.

4/10

Bilan

Atypical continue sur sa lancée sans réellement innover. Portée par son duo de héros adolescents, elle souffre d’intrigues secondaires peu voire pas intéressantes. La série propose une seconde saison expédiée qui s’enlise inexorablement malgré toute la bonne volonté affichée.

0 Commentaire

Soyez le premier à laisser un commentaire!

Ajouter un commentaire







 Spoiler