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Game of Thrones - 8x3 : The Long Night

Résumé

Aux portes de Winterfell, le Night King et son Armée des Morts font face à la coalition du Nord bien décidée à les arrêter.

8x3 : The Long Night © HBO - 2019

Attention : vous devez avoir vu l’épisode avant de lire cette critique.

Disclaimer : Le fait que ce soit une critique implique une vision totalement subjective, et donc personnelle, en plus de ne pas être exhaustive. Vous êtes donc libres de partager votre point de vue, en accord ou non avec le mien, dans la partie « Commentaires » ci-dessous. Vos critiques constructives ou vos avis seront toujours les bienvenus. Bonne saison et bonne lecture !

Dire que ce troisième épisode était attendu est un doux euphémisme. Annoncée comme la plus grande séquence de combats jamais diffusée à la télévision, la Bataille de Winterfell était attendue au tournant par des dizaines de millions de fans à travers le monde. Pour ce faire, David Benioff et D.B. Weiss ont vu les choses en grand : 82 minutes de combats non-stop pour ce qui s’avère être le climax de la série. Les deux showrunners se sont eux-mêmes occupés d’écrire le déroulement de la bataille - le script devant plutôt ressembler à un énorme storyboard - alors qu’ils ont chargé Miguel Sapochnik de la mettre en scène. Le choix du réalisateur n’est pas dû au hasard puisque c’est à Sapochnik qu’on doit les désormais célèbres Bataille de Durlieu et Bataille des Bâtards, cette dernière lui ayant valu un Emmy Award pour la meilleure réalisation. Inutile de préciser que la barre était haute, et ce même pour Game of Thrones. Alors, l’événement télévisuel de l’année a t-il tenu ses promesses et rempli les attentes des fans ?

Pour déjouer l’inévitable ennui qui s’installerait après plusieurs minutes de combats, Benioff, Weiss et Sapochnik ont divisé leur épisode en trois actes distincts qui empruntent aux codes de trois genres différents pour changer de rythme et casser l’habitude : le suspens, le film d’horreur et le film d’action. Ainsi, les dix premières minutes installent une tension nécessaire avant tout combat. La coalition procède aux dernières manœuvres dans une ambiance morbide. C’est alors qu’au tout dernier moment, un fantôme du passé en la personne de Mélisandre fait son retour après une longue absence. Toute droit sortie de l’obscurité, elle se joint aux forces en présence et enflamme les lames des cavaliers Dothrakis, rallumant un peu d’espoir dans le camp du Bien comme chez les téléspectateurs. Si certains crient au Deus ex Machina facile, il suffit de repartir quelques épisodes en arrière pour comprendre que la Prêtresse Rouge avait tout prévu.

Peu après, The Long Night entre dans le vif du sujet en nous offrant une charge jouissive des Dothrakis. Cette première manœuvre épique subit un sévère revirement, la chevauchée lumineuse s’écrasant lourdement contre les troupes de l’Armée des Morts rassemblées en une imposante masse dans l’obscurité. L’étonnement laisse place à la peur quand quelques chevaux affolés, accompagnés de rares survivants dont Jorah Mormont, regagnent Winterfell après la décimation de tout leur escadron, derniers représentants de leur peuple. Tel un tsunami, un mur sombre de plusieurs milliers de morts-vivants s’abat violemment sur les défenses de la coalition qui peut compter sur le soutien des dragons pour contenir l’attaque. Mais ces derniers se voient neutralisés par un blizzard glacé lancé par les White Walkers. La Bataille de Winterfell, celle du Bien contre le Mal, celle de la survie des Hommes face au destin funeste d’une Nuit Éternelle, vient de débuter.

L’Armée des Morts marche inlassablement sur les défenses de Winterfell et écrase tout sur son passage. C’est Mélisandre qui, grâce aux pouvoirs de feu du Maître de la Lumière, va permettre de stopper l’assaut. La séquence mêle avec brio deux ambiances opposées : la tension quand la Prêtresse Rouge peine à invoquer le feu pour allumer la tranchée ainsi que le grandiose quand celle-ci prend finalement feu, déchirant l’obscurité de cette Longue Nuit pour freiner les morts-vivants. Visuellement, la volonté de recourir à des effets spéciaux pratiques paye. Pas moins d’un millier de pieux métalliques imitant le bois et une dizaine de tonnes de gaz ont permis de réaliser l’effet plus tard retravaillé en post-production pour lui donner toute son ampleur. Un parti pris artistique qui favorise autant que possible les prises de vues réelles et le maquillage comme le détaille une vidéo de quarante minutes publiée après la diffusion de l’épisode et qui dévoile les coulisses de celui-ci.

Le siège de Winterfell prend une tournure un peu plus dramatique quand l’Armée des Morts finit par percer la dernière ligne de défense de la place forte. S’enchaînent alors de nombreuses séquences de combats au corps à corps de nos héros contre les morts-vivants. Un montage frénétique peu lisible qui en aura déboussolé plus d’un et qui démontre malgré lui que c’est bien dans les confrontations plus intimes que The Long Night tire son épingle du jeu. C’est le cas de la séquence de la bibliothèque où Arya se retrouve piégée avec une poignée de morts-vivants dans un silence de plomb tranchant foncièrement avec le déluge de feu et de sang qui a lieu à l’extérieur. Nous sommes alors à la moitié de l’épisode et la série nous offre un moment de répit bienvenu pour souffler quelque peu. La jeune Stark bénéficiera de l’aide salvatrice du Limier et de Béric Dondarrion qui finira par tomber. Un sacrifice qui ne doit rien au hasard puisque Mélisandre révélera peu après que Béric a été ressuscité par le Maître de la Lumière dans cet unique but. Au même moment dans les sous-sols, ce qui devait arriver arriva : les ancêtres Stark se voient réanimés à distance par le Night King et attaquent les civils qui s’étaient réfugiés dans la crypte. Une tactique d’ailleurs largement raillée par les fans de par sa prévisibilité. Décevante au possible, la séquence tourne au cache-cache morbide qui servira de prétexte pour mettre en danger Sansa et Tyrion au même titre que les autres personnages qui combattent à l'extérieur.

Si le choix de mettre en scène plusieurs théâtres d’affrontement permet de contrer l’ennui grâce aux changements d’ambiances et de rythmes, The Long Night finit par s’emmêler les pieds. Au bout d’une heure de combats acharnés, le montage global commence à ressembler à l’enchevêtrement des corps sur le champ de bataille. On est loin de la maîtrise narrative du Dunkerque de Christopher Nolan qui, pour raconter son histoire, met également en scène plusieurs théâtres d’opérations (sur une plage, dans les airs et sur la mer) d’un même événement. Nous concernant, la partie aérienne est un des gros points noirs (si ce n’est le plus gros) de ce troisième épisode. Atout militaire ô combien puissant, les dragons sont néanmoins partiellement neutralisés par le blizzard qui souffle au dessus de Winterfell. Pendant de longs et ennuyeux moments, on observe avec scepticisme Jon et Danny qui essayent de se dépêtrer de la situation en plus d’affronter la bête du Night King. Entre autre, l’impossibilité ou presque de discerner l’identité des dragons finit d’enterrer ces passages illisibles qui se résument à un échec.

La Longue Nuit dure maintenant depuis une heure à l’écran et le Night King, désarçonné de sa monture, finit son chemin vers Winterfell à pieds. Entre temps, dans un twist savamment orchestré, il aura résisté à un Dracarys bien assaisonné de Drogon. De quoi susciter un étonnement général chez les fans auxquels les deux showrunners répondent : « Qui vous a dit que le feu d’un dragon détruirait le Night King ? ». Le dénouement de la grande bataille s’enclenche enfin. À quelques minutes de la fin, le Bois-Sacré est assailli par l’Armée des Morts suivie des White Walkers qui y font une entrée emblématique. En fond, le theme The Night King de Ramin Djawadi raisonne. Sur quelques délicates notes de piano se joue un carnage entre les murs de Winterfell devenue un véritable piège à souris pour nos héros désormais acculés. Avec tout le talent qu’on lui connaît, le compositeur souligne toute la signification de ce moment crucial où le Mal semble avoir plié le jeu et condamnée l’Humanité à une mort certaine. Grâce à la musique, la mort de Theon Greyjoy déjà très forte en émotion n’en est que plus dramatique. Sa quête de rédemption s’accomplit enfin à travers ce sacrifice ultime qui remet en perspective toute la storyline du personnage.

Et c’est ce dont il est question ici dans The Long Night : ce soixante-dixième épisode s’impose comme le climax de toute une saga et met en scène l’aboutissement d’intrigues lancées depuis le tout début de la série puis étoffées au fur et à mesure des années. Un point de convergence illustré par le seul échange de regards, lourd de sens, entre le Night King et Bran. Quelques secondes suspendues dans le temps où l’on attend logiquement que le Mal termine sa besogne en condamnant enfin le monde des Hommes. Alors que tout espoir semble désormais perdu, Arya émerge de l’ombre et assène un coup de poignard en acier valyrien à l’endroit même où le Night King s’était vu insérer une pointe de verredragon pour le créer. L’Armée des Morts toute entière finit par voler en éclat de glace, laissant enfin la lumière du jour percer l’obscurité de cette Longue Nuit. Un twist inattendu qui lui aussi remet en perspective toute la caractérisation de la jeune guerrière ces huit dernières années. Un peu plus tôt, Mélisandre a dévoilé que c’était son destin et qu’elle avait été entraînée dans cet unique but. Un pari risqué qui est le fruit de la volonté de Benioff et Weiss d’amener ce personnage vers cette destinée et de laisser Jon Snow, héros des héros, de côté. Une manière de révéler un personnage plus marginal et d’éviter de céder à l’évidence. Malgré tout, les créatifs ne peuvent échapper à un inévitable effet de « tout ça pour ça » qui fera rager les fans autant que leur personnage favoris piégé par Visérion dans la cour du château.

En un instant, hautement symbolique, Game of Thrones rebat ainsi les cartes du Jeu des Trônes qui, rappelons-le, ne se termine que dans trois épisodes. Une manière pour la série de faire durer le suspens alors même que son climax revêtait une certaine forme de conclusion. L’ultime scène de The Long Night est une fin en soit : à l’aube, sous le regard étourdi de Davos, Mélisandre quitte les murs de Winterfell et s’effondre dans la neige après avoir retiré son collier. Un destin funèbre qu’elle embrasse sereinement après avoir été un atout crucial du côté du Bien. Avec Béric, disparaissent ainsi deux représentants importants du Maître de la Lumière. J’avais personnellement une réelle sympathie pour ces personnages qui n’ont pas toujours été du bon côté et qui se sont révélés être de sérieux alliés. En prenant compte de la disparition du Night King, j’en viens à me demander si Game of Thrones a définitivement dit au revoir à son pan mystique au profit d’un dénouement militaro-politque ? Côté pertes, évoquons également celles d’Edd la Douleur ou de Lyanna Mormont dont le personnage bénéficie d’une mort épique face au géant Krum. De quoi rappeler que la série n’a jamais été tendre avec ses très jeunes personnages. Comme pour Theon avec Bran, Jorah a donné sa vie pour la protection de Daenerys, tenant ainsi sa promesse. Une fin toute en émotion à l’écran mais aussi dans la réalité pour Emilia Clarke et Iain Glen qui ont passé huit années ensemble sur les plateaux de la série.

Vous l’aurez compris, The Long Night n’est pas l’hécatombe attendue, notamment pour les très grosses têtes du show. Usage abusif de plot armor comme la saison dernière ou pirouette scénaristique pour conserver l’intérêt des téléspectateurs jusqu’à la fin de la série ? Je ne commenterai pas ce choix narratif, l’épisode posant davantage de questions pour la suite qu’il ne répond à celles qu’on se posait déjà. David Benioff et D.B. Weiss relancent d’ailleurs intelligemment l’intrigue devenue malheureusement prévisible maintenant que toutes les storylines ont convergé. Il est prématuré à mon goût de juger de la pertinence ou non de ne pas avoir fait disparaître un Jon Snow ou une Daenerys à ce moment de la saison. Une chose est sûre, l’engouement suscité par cette ultime saison de Game of Thrones, étayé par presque deux ans d’attente, lui cause beaucoup de tort. Chaque parti pris narratif est étudié par les fans qui ne laissent passer aucune erreur ou approximation après sept années d’investissement émotionnel dans la saga. Et la Bataille de Winterfell en est un cas d’école parlant. Taxé Evènement de l’année, voire de la décennie, The Long Night partait avec énormément de poids sur ses épaules. Vendue comme « meilleure » que la Bataille de Durlieu et la Bataille des Bâtards réunies, la Bataille de Winterfell en ressort finalement beaucoup moins lisible (narrativement parlant) et concise que ses prédécesseurs. Que dire alors quand la bataille, des mois avant sa diffusion, était comparée avec un monument du grand écran à savoir la bataille du Gouffre de Helm du Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (Peter Jackson, 2002). Trop attendu, The Long Night a sans aucun doute souffert de la surenchère de superlatifs et de comparaisons qui ont accompagné sa promotion. Personnellement, si j’ai un avis positif global sur cet épisode singulier, j’ai trouvé la bataille impersonnelle et rarement immersive. Je me suis senti sur le banc de touche alors que précédemment, nous étions au plus près des personnages et de leurs émotions.

The Long Night reste néanmoins un événement majeur de l’histoire du petit écran qui ne risque pas de diffuser tel épisode avant un bon bout de temps. Avec un budget estimé en fourchette haute à quinze millions de dollars, l’épisode est une débauche de moyens techniques et créatifs qui ont cependant été utilisés avec soin et dans l’unique but d’offrir une expérience unique au téléspectateur. Pas moins de 55 nuits de tournages, étalées sur onze semaines, ont été nécessaires pour mettre en boîte l’épisode qui a été l’objet de longs mois de post-production, d’où l’attente conséquente avant la diffusion. Un défi relevé haut la main par les équipes techniques qui ont du se surpasser chaque nuit pour fabriquer cet épisode. Un tour de force qui mérite le respect au même titre que pour l’interprétation homogène et juste des comédiens malgré les difficultés de ce tournage XXL.

Je prends le temps de quelques lignes pour évoquer la plus grosse critique faite à l’épisode à savoir le fait qu’il soit « sombre ». On aurait tort de dire que ce n’est pas vrai mais, à mon sens, cela ne se limite qu’à quelques plans très larges qui se rapprochent plus de la bouillie numérique qu’autre chose. Pour le reste, tout est correctement lisible à condition de respecter quelques règles élémentaires de visionnage. Il est évident que regarder l’épisode avec toutes les lumières d’une pièce allumées, ou sur son iPad, ne permet pas de correctement profiter de l’expérience « cinématographique » proposée par le show. Je ne vais pas pousser ce raisonnement à l’extrême en évoquant les réglages des téléviseurs mais force est de constater qu’un écran classique restitue correctement l’image. Cependant le mal est fait et la presse US a démonté l’épisode en bonne et due forme à peine sa diffusion terminée. Fabian Wagner a publiquement défendu son travail et assumé ses choix artistiques. Le directeur de la photographie précise qu’au fur et à mesure des années, l’équipe créative a souhaité une photographie plus réaliste notamment niveau de la lumière jugée trop fake à ses débuts. Elle reste ici soigneusement étudiée entre les ambiances froides de la neige d’une part et l’atmosphère chaude du feu d’autre part, et ce dans plusieurs décors très différents de Winterfell qui ont demandé un éclairage particulier à chaque fois. N’oublions pas que cette Longue Nuit promettait naturellement d’être sombre et que la photographie allait tout aussi logiquement exploiter les contrastes d’ombres et de lumières. Malgré tout, Fabian Wagner et son équipe nous ont offert de magnifiques plans à l’image de celui des dragons de Jon et Danny volant au dessus du blizzard éclairés par la Lune.

Sans surprise, Game of Thrones a rapidement explosé ses propres records. The Long Night est l’épisode de télévision le plus tweeté de l’Histoire. Côté audiences, il surpasse légèrement le record obtenu par le season premiere avec 17,8 millions de téléspectateurs devant l’épisode le soir de sa diffusion dont 5,78 millions via les canaux digitaux de la chaîne à péage HBO. Des services qui ont régulièrement crashé face à l’afflux continu d’abonnés avides de découvrir l’épisode. Pareil pour OCS qui diffuse la série en exclusivité en France et dont les serveurs n’ont pas suivi la demande exceptionnelle. À noter que, deux semaines après sa diffusion, le season premiere comptabilise plus de 32 millions de visionnages légaux aux Etats-Unis.

7/10

Bilan

Si globalement elle tient la route, la célèbre Bataille de Winterfell n’est pas à la hauteur de l’engouement et de l’attente dont elle a fait l’objet. Indéniable prouesse technique, l’épisode souffre d’une narration bancale qui dynamite quelque peu l’ampleur des twists et moments cruciaux qu’il met en scène.

5 Commentaires

  • cyp
    Le 06/05/2019 à 19h15

    Eh bien, merci Yazid pour The Long Critique ! Je l’attendais impatiemment, et en plus elle m’a appris plein de choses.
    Je suis globalement d’accord avec toi, notamment sur les reproches qui ont été faits concernant la luminosité. Ben oui, quoi, c’est la nuit, elle est longue, c’est blindé de monde et de créatures. Donc, c’est le fouillis, et la tempête n’améliore pas les choses, mais l’ensemble reste très lisible sur grand écran et dans le noir. Et quand ce n’est pas le cas, c’est probablement un choix artistique car la guerre c’est moche ^^
    En revanche, je ne te rejoins pas sur la note et sur ta conclusion. Pour moi, le problème est le niveau d’attente des fans, donc sans doute celui de la promo, et non l’épisode en lui-même. Grand fan du Seigneur des anneaux, et pas de Dunkerque, je l’ai trouvé tellement abouti que les quelques faiblesses ici et là me semblent dérisoires.
    Par exemple, j’ai rarement entendu une bande sonore aussi maîtrisée : la musique, comme tu l’écris, mais également les bruitages, les souffles, les voix, les silences, les pulsations, les volumes qui s’amplifient… Tout m’a semblé naturel, l’enchaînement des plans séquences au début, l’entrée de Mélisandre vue du dessus de la porte après un tableau aérien, les montagnes de corps, les vagues des attaques, les dragons flottant au clair de lune, inutiles, la tension entre le Night King et Théon, puis Bran, l'évaporation de Mélisandre… tout était porté par une ambiance acoustique au millimètre, qui m’a embarqué de la première à la dernière seconde.
    La composition des plans est également magnifique, notamment dans la crypte, donnant quasiment des tableaux bruegheliens, dans les contrastes entre lumière orange et nuit marron-noire. Il y a une belle banque de fonds d’écran dans tout l’épisode. C’est clairement une proposition artistique complète, intense, jamais vue sur petit écran et rarement au cinéma (peut-être Seven). Pour moi, ça emporte tout le reste, y compris la « crédibilité » tactique face aux Marcheurs, l’autre polémique de la semaine. Puisqu’il s’agit de morts, de dragons, de trolls, je ne vois pas l’intérêt d’analyses historiques pour écrire un scénario idéal. Oui, les dothrakis auraient dû attaquer les flancs, mais on aurait raté cette vague de feu et l’angoisse suscitée par l’extinction de leurs lames.
    Comme tu l’as souligné, les regards sont impressionnants. Qu’ils soient fuyants, comme Daenerys et Jon, puis subtilement dans le défi avant le décollage, défi qui culmine dans le choc entre leurs dragons (que je n’ai saisi qu’au deuxième visionnage) ; qu’il s’agisse de ceux de Mélisandre, à la foi vacillante quand elle craint que son dieu n’allume pas la barrière de pieux, ou quand elle croise Arya avant l’assaut ou dans une salle reculée ; de Theon pardonné avant son sacrifice, de Sansa et Tyrion qui ne défendent personne alors qu’ils sont armés ; de Brienne et Jaime, duo d’enfer régulièrement submergé, et dont la survie me réjouit…
    Il y avait dans cet épisode tellement de subtilité, de tension, de poésie, de débauche…
    Du coup, il me semble normal que certaines scènes soient brouillées et difficiles à saisir, avec ou sans dragons, puisqu’il s’agit du choc ultime. D’autant que j’y vois une lecture politique.
    Face à un Night King omniscient, à l’armée inépuisable puisqu’il réveille les combattants ennemis tombés et encore chauds, le salut ne pouvait venir que d’un élément a priori négligeable, Arya (qui bénéficie du destin le plus abouti de tous). Pas besoin, donc, de fines tactiques, d’où pour moi l’inutilité de Tyrion.
    Daenerys a beaucoup perdu de sa superbe : ses enfants ne constituent pas un avantage immense dans la bataille et sont facilement contrés. Quand elle chute (ah, le dragon attaqué par les morts qui vont pleuvoir peu après !), elle semble complètement démunie, paniquée et prête à mourir : merci Jorah, qui lui permet de tout de même donner ensuite quelques coups d’épée. Pas brillant, donc.
    Jon Snow n’a pas beaucoup plus l’étoffe d’un roi, suivant le mouvement, incapable d’approcher le Night King, errant de ci de là jusqu’à un face à face suicidaire (pour qu’Arya puisse passer ?). Vraiment, he knows nothing.
    Sansa est passive, rejoint sans sourciller la crypte, où elle n’agit pas non plus comme une reine, sauf quand elle parle de regarder la vérité en face.
    Au final, Cersei pourra encore pavoiser un ou deux épisodes. Je dirais que le couple Gendry/Arya a de fortes chances de monter sur le trône. Daenerys/Jon seront-ils les nouveaux Cersei/Jaime ?
    Je n’ai rien vu d’aussi complet, subtil et percutant depuis longtemps (ni d’argent aussi bien dépensé à l’écran), et comme tu le dis, l’attente risque d’être longue pour revoir un épisode (voire un film) de cette qualité. Donc 10/10 pour moi

  • Pascal
    Le 06/05/2019 à 20h33

    Cet épisode m'a confirmé que la série n'est plus qu'un gros blockbuster depuis le début de la saison 6 !
    Si on ne peut rien reprocher au niveau de la photographie , de la musique et de la réalisation pour le reste en revanche...
    Je ne parlerais pas de la pauvreté des dialogues dans cet épisode ( mais c'est un problème depuis que D&D ont perdu le matériel d'origine ) mais des facilités scénaristiques et de la stupidité des personnages :

    - les Dothrakis : ou comment sacrifier une armée de manière totalement ridicule . Où est l'intérêt d'envoyer à la mort des milliers de soldats en cavalerie quand en face tu as 15 fois plus de zombies qui ne rompront pas les rangs ? Attaquer les Marcheurs Blancs in " open field " !!!? Sincèrement.

    - Même chose avec les Immaculés et leur armée en général : quand tu as un Château tu restes dedans et tu ne laisses pas 90 % de ton armée à découvert surtout si les dragons sont sensés ne pas intervenir.

    - Doit-on parler de la manière dont Jon et le 3/4 des personnages s'en sortent à la fin de l'épisode ? On passe de zombies qui chargent à 100 à l'heure à des débiles encore plus lents que de The Walking Dead qui attendent chacun leur tour de se faire descendre...

    - Arya qui tue le Night King why not sauf que D&D nous disent dans le making-of que c'est parce que Jon ne peut pas tout avoir . Et l'une des assistantes de Martin qui confirme que jamais de la vie ça sera Arya qui tuera le Roi de la NUIT dans les livres...

    J'ai oublié certainement un paquet d'incohérences et l'épisode 4 malheureusement confirme mes craintes.

    Je regarde encore car le côté blockbuster et retournements de situation est addictif mais j'ai l'impression de regarder une autre série maintenant ^^.

    PS : petit pari mais au vu des 3 premiers épisodes plus ça avance plus j'ai l'impression que Sansa est amoureuse de Jon !

  • SukaiChan
    Le 06/05/2019 à 21h00

    Comme Cyp il me tardait de lire la critique de cet épisode qui a tant divisé !

    Merci Yazid Doudou pour cette nouvelle critique et surtout un Grand Merci pour avoir si bien souligné le travail titanesque nécessaire à cet épisode. Certains critiques ( acerbes voire acides ) oublient que derrière il y a eu de nombreuses semaines de travail et ils déversent uniquement leurs biles en même temps que leurs déceptions... Merci pour cette critique objective et nuancée !

    Concernant les critiques sur les scènes jugées obscures, je n'ai personnellement pas eu ce problème. Je regarde GoT le lundi soir, dans le noir total et sur un téléviseur de bonne facture. Je rejoins l'avis de Cyp concernant le choix artistique : la guerre c'est moche et brouillon... normal de se sentir perdu sur le champs de bataille.

    D'ailleurs Merci à Cyp pour ton avis et ta critique ! :)

    Je vais m'attarder sur les critiques que j'ai pu lire de-ci de-là sur le net.

    Militairement parlant la charge des Dothrakis est risible ! Oui certes. Mais si on se remet dans le contexte de GoT ça reste logique. Les Dothrakis agissaient toujours ainsi à Essos. Ils submergent les armées adverses par leur nombre et leur force. Toutes les grandes cités de Essos préfèrent offrir des biens considérables et des esclaves aux Dothrakis plutôt que de les affrontés. Ils ont appliqué cette même stratégie de charge contre les Forces Lannister et Tarly la saison précédente. Cette charge était illogique militairement parlant mais logique aux vues du background des Dothrakis... et nous a offert une incroyable séquence ou l'espoir a fait place à la terreur en quelques secondes !

    Beaucoup on critiqué le recours au Blizzard... une pirouette scénaristique au profit des Marcheurs Blancs. Oui mais en faite absolument pas car les Marcheurs Blancs apportent la tempête dans leur sillage... comme cela avait pu être le cas dans la bataille de Durlieu. J'ai particulièrement aimé son effet visuelle : une main géante et glacée qui semble s'abattre sur le champ de bataille.

    Certains sont déçus par la non utilisation sur le champ de bataille des Officiers des Night King. On peut aussi trouver une réponse logique. Si un Officier tombe... le Night King perd dans un même temps une ribambelle de spectres. Ce risque il ne pouvait pas se le permettre.

    Le faite que ce soit Arya qui tue le Night King était un bel As dans leur jeu de cartes. Ayant vu les anciens épisodes, de nombreux passages me sont revenus. Son entrainement avec Syrio Forel puis avec les Sans-visage. Sa conversation avec Tywin Lannister comme quoi n'importe qui peut être tué. J'ai trouvé ça vraiment intéressant que le grand ennemi invisible ne soit pas défait par la Mère des Dragons ou par Jon Christ... mais seulement pas " No One "

    J'ai au final été heureuse que peu de personnages meurt durant cet épisode. On compare souvent Game of Thrones au Seigneur des Anneaux... mais à ce que je sache ni Frodon, ni Sam, ni Pippinni, ni Merry, ni Aragorn, ni Legolas, ni Gimli ni même Gandalf ne meurent à la fin... Pourquoi faudrait-il balayer avec une gigantesque faux bon nombre de personnages principaux dès le troisième épisode ? :o

    Que dire sur la beauté de la photographie, la musique, la bande sonore, le jeu des regards ? Juste magnifique. La scène entre Sansa et Tyrion était particulièrement belle. De même que la scène du sacrifice de Theon. Il était à nouveau lui-même et plus encore. Un Greyjoy et un Stark. Je considère même que le Night King respecte son choix de sa battre jusqu'au bout en le regardant s'éteindre à ses pieds. Une des plus belle et déchirante scène reste le sacrifice de Jorah... faisant rempart avec son corps pour protéger sa Khaleesi... Enfin la scène belle et la plus poétique fut celle de Mélisande, accueillant enfin la Mort.

    Un 9.5/10... car la mort de Lyanna Mormont bien que héroïque me laisse pantoise.

  • Toff63
    Le 07/05/2019 à 14h54

    En effet, je pense que l'épisode paye plus sa promo dithyrambique et la longue attente que sa qualité réelle. Et puis si certains aiment l'épisode avant de l'avoir vu, d'autres ont la réaction inverse, car ça fait bien de critiquer un truc très populaire, ça permet de se démarquer.
    Je suis content Yazid que tu ais opté pour une critique nuancée et forcément subjective.

    Sur l'aspect visuel, on trouvera toujours à redire ici et là (c'est vrai qu'identifier les dragons entre eux est compliqué) mais personnellement, l'épisode m'a happé et constitue à mon sens une grosse prouesse. Quant aux comparaisons cinématographiques (avec l'excellent Dunkerque du brillant Christopher Nolan), rappelons quand même que Game of Thrones reste une série et n'a donc pas le budget d'un blockbuster. 15-20 millions de $ pour 1h20 d'épisode, ce n'est rien par rapport à un film de 2h à 200 millions de budget.

    Sur le contenu scénaristique, tout a été dit et redit. Pour moi, le seul gros bémol est l'aspect mystique qui est passé à la trappe avec la mort du Roi de la Nuit. À quoi sert Bran à part savoir la passé, le présent et le futur? Que signifie le symbole en spirale du Night King? Quid de toutes les prédictions? À mon sens, le constat général de tout cela est que non seulement Benioff et Weiss n'ont pas la qualité d'écriture de George RR Martin mais en plus qu'une dernière saison de 6 épisodes seulement pour résoudre la guerre des trônes et la lutte contre les Marcheurs blancs c'est bien trop court. Il aurait pu y en avoir le double sans problème!! 8.5/10

  • Yazid
    Le 19/05/2019 à 15h45

    Merci pour vos retours (qui font toujours plaisir !) et pour le partage de vos avis. Je réponds en vrac à quelques remarques :

    @cyp : tu fais bien de souligner le travail de montage et de mixage du son, il est excellent !

    @Toff63 : pour la comparaison avec Dunkerque, je parlais bien entendu du mode de narration de l'intrigue et ne comparait pas du tout le contexte économique de production mais j'imagine que tu l'avais compris ;)

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Note de la série :
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