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Seriesaddict.fr  par | 1

Chambers - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2019 - Netflix

Attention, il faut avoir vu l'intégralité avant de lire le bilan.

Présentée en avant-première mondiale au Festival Séries Mania de Lille en avril dernier, la nouvelle production Netflix, Chambers, m'avait emballé par son entrée en matière énergique et percutante (seulement 2 épisodes avaient été diffusés) tandis qu'une fresque horrifique se dessinait devant les yeux d'un public conquis.

Dans ce drame, on suit Sasha Yazzie, 17 ans, qui vit avec son oncle dans une réserve navajo de l'Arizona. Après un arrêt cardiaque, on lui greffe le cœur de Becky Lefevre, une jeune adolescente morte d'une façon assez troublante. C'est ainsi que les parents de la défunte, Nancy et Ben, respectivement interprétés par Uma Thurman et Tony Goldwyn, vont prendre Sacha sous leur aile, jusqu'à financer ses études.
Sasha voit alors sa vie basculer lorsque d'étranges visions commencent à la hanter...

Horreur & tourments

Chambers débute comme un drame intimiste sur le deuil, qui touche tous les protagonistes, suite au décès soudain de Becky. Ses parents et son frère, bien-sûr, ses amis.e lycéens et Sasha qui, elle, doit faire le deuil de son cœur et d'une partie d'elle-même, la plus essentielle, au détriment d'un autre.
Chacun va devoir accepter une nouvelle vie et ses nouvelles contraintes. Pourtant, rapidement, tourner la page s'avère difficile, notamment pour les parents de Becky dont le cœur a été transmis à une nouvelle personne. Et malgré la perversité qui semble se dégager du couple Nancy/Ben, on s'attache à ce duo, dévasté par la mort de leur fille. Ils se raccrochent à Sacha pour ne pas rompre le lien qui les unissent à elle. Malsain peut-être, humain, certainement.
La série prend ensuite une tournure assez inattendue lorsqu'on comprend que Becky n'est pas morte assassinée comme le prétendait Sasha, mais qu'elle s'est suicidée. Le jeu de piste tend alors vers une direction plus mystique, en associant la mort de Becky à celle d'une secte obscure nommée l'Annexe et présidée par une certaine Ruth Pezim.
Becky et Sasha ont, en effet, été choisies pour accueillir Lilith, laquelle devait être la mère originelle de l'espèce humaine. Cette dernière a tenté de surpasser Adam, qui ne l'a pas supporté et l'a condamnée aux Enfers, avant de la remplacer par Eve, afin de reprendre ce rôle de créatrice de la race humaine. L'Annexe cherche donc une femme capable d'endosser ce rôle et donner naissance au premier enfant de la nouvelle vague de l'espèce humaine.

Chambers ne se repose donc jamais sur ses acquis, ne se contente pas d'être un simple thriller adolescent, où les héros cherchent un assassin au sein de leur lycée. Elle se renouvelle perpétuellement en confondant les pistes (Becky, par exemple, se révèle être la victime plus que le bourreau) et va au-delà d'une production purement horrifique, en plaçant par la suite la métaphysique au cœur de son intrigue.
De plus, la créatrice de la série, Leah Rachel, maîtrise parfaitement son suspens et brouille les frontières entre réalité et peur intime avec une efficacité redoutable. Effectivement, le spectateur peut s'interroger sur la fragilité psychologique de Sasha et, essayant de savoir si elle ne s'invente pas un démon intérieur, afin de mieux accepter sa nouvelle vie et ignorer/fuir ses propres angoisses, qui pourraient être liées à la culpabilité d'être encore en vie.
De ce fait, une confusion qui s'installe. Essaye-t-on de la rendre folle ? Si oui, dans quel but ? A-t-elle des hallucinations ? Becky vit-elle vraiment à travers Sasha et souhaite prendre sa place ? Autant de fils narratifs avec lesquels Leah Rachel s'amuse jusqu'à distordre la réalité pour plonger son héroïne au cœur d'un conflit religieux, sectaire, où les vérités éclatent de façon surprenante...

Un environnement propice à l'horreur

L'action se déroule en Arizona, en plein désert, où se côtoient réserves amérindiennes et villas ultramodernes. Cet environnement à deux visages aux étendues désertiques infinies ajoute à Chambers une caractéristique unique, un sentiment d'enfermement à la limite de la suffocation. Les protagonistes évoluent dans cet univers comme si ils ne pouvaient pas s'en échapper, condamnés à revivre leurs échecs, dans une bulle coupée du monde, un enfer sur Terre dont personne ne se soucie et où les événements ne font aucune différence entre les riches et les pauvres. Cet environnement n'épargne personne.

Il est d'ailleurs assez rare d'avoir des plans trop étendus sur les décors extérieurs et le désert. Les plans (ainsi que le cadre) sont souvent très serrés sur les différents lieux d'actions, accentuant cette impression d'emprisonnement, d'étouffement, comme si dévoiler un horizon donnerait la sensation qu'une échappatoire est possible.
Et les rares plans larges sur le désert sont toujours là pour témoigner non pas d'une liberté envisageable, mais d'une souffrance ou d'une tragédie à venir.
Dans l'épisode 1 par exemple, il y a une scène absolument magnifique où les protagonistes principaux de la série sont réunis dans une pièce et font face, debout, à une baie vitrée. On peut alors y voir le désert et une tempête approchant; une tempête prémonitoire aux drames qui vont venir balayer le reste de leurs vies.
Les personnages sont d'ailleurs contrastés de noir, afin de faire comprendre aux spectateurs qu'à cet instant précis, ils ne seront plus que l'ombre d'eux-mêmes, chacun allant devoir lutter contre les démons intérieurs qui les hantent depuis longtemps.

Tandis que dans l'épisode 3, lorsque Nancy fait son footing dans le désert, la réalisation est moins oppressante, plus évasive. Un sentiment de liberté, une bouffée d'air frais, en compagnie de la fille, symbolisée par le faon. L'animal n'a pas été choisi par hasard. Le faon étant le petit de la biche, il devient donc le symbole de l'enfant de la mère, du désir d'enfant et pour Nancy, le désir de retrouver Becky.
Si on va plus loin et qu'on considère que la symbolique amérindienne de la biche est la même que celle du faon, on peut y voir un nouvel avertissement. En effet, la biche nous enseigne, lorsqu'on la "rêve" comme c'est le cas ici, qu'il ne faut pas se laisser influencer par des personnes mal intentionnées (Ruth) ou des situations négatives. Becky aurait-elle alors voulu prévenir sa mère ? Nancy ne le comprendra que plus tard, à la fin de la saison, en acceptant de s'enfermer volontairement au sein de l'Annexe, afin de détruire la secte de l'intérieur.

Le fait qu'une grande partie de la ville soit sous le contrôle de l'Annexe renforce également ce sentiment d'insécurité et de claustrophobie.

7/10

Bilan

Si Chambers a quelques longueurs entre les épisodes 4 et 6, la série séduit par l'originalité de son intrigue et son développement inattendu. Elle commence par un thriller horrifique, pour se transformer en un thriller mystique, où se côtoient et se confrontent les religions et les croyances.
A noter, un superbe travail sur le cadrage, qui apporte une réelle dimension à ces séquences horrifiques et une présentation oppressante de son environnement, ainsi que sur les couleurs, notamment dans le dernier épisode de la saison, qui provoquent une immersion totale dans un espace métaphysique et illusoire.

1 Commentaire

  • Isa_PBSO
    Le 09/05/2019 à 17h48

    bien aimé le début mais en effet, je crois que j'ai abandonné vers l'épisode 4

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