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The Society - Bilan saison 1

Bilan saison 1 © 2019 - Netflix

Attention, il faut avoir vu la saison complète avant de lire le bilan.

Il y a quelques semaines, Netflix proposait sa nouvelle production originale, The Society, une libre adaptation du roman de William Golding, Sa majesté des mouches. Showrunné par Christopher Keyser et produit par un certain Marc Webb, le réalisateur de The Amazing Spider-Man 1&2, The Society nous emmenait dans une petite ville chic du nom de New Ham, où des choses étranges prennent place.

The Society : Welcome to New Ham

A New Ham, les adultes ont disparu, seuls les adolescents ont survécu. Une étrange odeur serait à l'origine de ces mystérieuses disparations et une forêt infinie semble avoir encerclé la ville. Pour survivre, les jeunes étudiants vont devoir s'organiser au sein d'un milieu hostile qu'ils connaissent pourtant si bien, et où certains rêvent secrètement de prendre le pouvoir, ou accomplir de grandes choses.
The Society avait donc tout pour plaire. Un groupe de jeunes adolescents livrés à eux-mêmes pour la cible teenagers, une intrigue énigmatique à la Stephen King pour les adultes, avec une caractéristique commune au genre : réorganiser une société, sans les erreurs d'une ancienne génération, barbare et individualiste. A la seule différence qu'ici, chacun a l'eau et l'électricité à sa disposition, là où dans The Walking Dead et The 100, les survivants doivent apprendre à s'approvisionner par leurs propres moyens - on pourrait croire que c'est une facilité scénaristique, attendons d'en savoir un peu plus même si cet aspect me laisse un peu circonspect.
Une intrigue de départ somme toute intéressante, cependant The Society souffre de nombreux défauts, liés au genre du teen-drama : des personnalités sans âmes, des sous-intrigues amoureuses assez niaises, des situations pénibles et des dialogues anecdotiques.

Les personnages d'abord. On ne vas pas se mentir, la personnalité de tous les protagonistes est une succession de clichés, comme il en existe trop souvent de ce genre de productions.
On retrouve donc dans l'ordre : le gosse de riche insupportable incapable de supporter un changement de situation et d'abandonner son petit confort, les sportifs sans cervelle qui ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes et retournent leurs vestes sans remettre en question l'impact de leurs choix sur l'avenir, le personnage homosexuel qui pense ne jamais trouver le grand amour dans ce nouveau monde restreint et "viril", le petit génie de la bande (parce qu'il en faut toujours un!), une héroïne en plein doute, la peste du village, etc., etc... Tous cela provoque un agacement général. On voit ces têtes à claques évoluer, sans prendre la mesure des enjeux, n'ayant qu'une seule et unique obsession : retrouver leur ancienne vie et leur confort capitaliste. Et voir des personnes se comporter comme des gamins immatures, il n'y a rien de plus énervant. Tout le monde agit comme si tout était normal, alors que l'urgence est de trouver à manger et non de savoir comment détenir le pouvoir.
Certains se démarquent évidemment du lot. Je pense notamment au personnage de Campbell (Toby Wallace), le pervers narcissique, qui offre un aspect malsain pas déplaisant à la série et permet The Society d'évoquer des thèmes très actuels, dont les violences faites aux femmes ainsi que le personnage de Sam (Sean Berdy) très touchant, malgré une sous-intrigue amoureuse un poil futile, comme toutes les sous-intrigues amoureuses de la série, souvent plus mal-amenées qu'inintéressantes.

Parmi les autres thèmes : le féminisme. Sujet sensible. Si The Society se veut une série progressiste, elle ne l'est absolument pas sur le féminisme. Ce thème est lui aussi très mal-amené et arrive même un peu comme un cheveux sur la soupe. Après une émeute, les femmes veulent prendre le pouvoir, pour empêcher les garçons "de partir en vrille". Elles se réunissent et puis… c'est tout. Quelques épisodes passent, le personnage de Greg Dewey (l'assassin de Cassandra) hurle que les femmes veulent prendre le pouvoir, hors, ce n'est jamais vraiment le cas. Que ce soit avant ou après son discours, les protagonistes féminins subissent au même titre que les garçons les événements qui se produisent en ville. Les filles montrent même parfois une désolidarisation entre-elles. Assez ironique, non ?
Il est évident que le personnage féminin au pouvoir pose un problème, qu'une femme avec autant de responsabilités dérange, mais cette intrigue est traitée de façon trop simpliste, sans aucun argument de fond. Et en même temps, y'a t-il besoin d'argumenter ? Il me semble qu'il existe des femmes avec des hautes fonctions politiques aux Etats-Unis et, même les mères de certains des adolescents ont des responsabilités importantes. Les femmes fortes et puissantes ne devraient alors ne pas les déranger plus que ça. En vérité, il s'agit davantage de petits caprices, d'une envie de contrôler le pouvoir politique de New Ham, que d'une volonté sexiste.

New Ham : Terre des Trahisons

The Society arrive parfois à tendre vers la violence et la cruauté de The 100, par sa froideur et son ambiguïté : le meurtre de Cassandra, le dilemme autour de la mort de Dewey, les manipulations psychologiques de Campbell, la difficile réorganisation d'une société alors que les désirs enfouis de chacun, leurs plus bas instincts, refont surface... autant d'exemples qui donnent à la série une véritable envergure. Malheureusement, elle retombe bien trop vite dans ses vieux clichés, par des situations parfois grotesques, des choix douteux et incompréhensibles, des sous-intrigues amoureuses frisant le ridicule (néanmoins, elle reflète l'insouciance d'une jeunesse en quête d'identité par l'amour) et des dialogues qui pourraient avoir été écrits par un enfant de 5 ans.

Plus haut, j'indiquais que The Society était une très libre adaptation de Sa Majesté des mouches et pour cause. Lorsque l'on lit le synopsis du roman de William Golding, on est loin, très loin, de ce que The Society propose.
Organisation tribale, sauvage et violente, bâtie autour d'une religion rudimentaire et d'un chef charismatique, offrandes sacrificielles, chasse à l'homme, guerres sanglantes, la civilisation disparaît au profit d'un retour à un état proche de l'animal. Si l'environnement est différent puisque les protagonistes sont dans un village avec un certain confort et non sur une île, où tout est à reconstruire comme dans le roman, on sent une intention du showrunner Christopher Keyser de lisser son récit, et c'est bien là le problème. Pourtant, cette adaptation ne manque pas de réflexions, que ce soit sur les thèmes de l'identité, de la démocratie, des rapports hommes-femmes toutefois, on ne va jamais au-delà de la simple évocation, comme si les scénaristes ne souhaitaient pas réellement prendre position ou par peur de déranger un public non-averti. Et si on ne demande pas que la série tombe dans une inhumanité totale - ce que le roman semble mettre en avant -, The Society manque cruellement de panache et n'assume aucune position forte.

Concernant le cliffhanger deux théories possibles :

1. Les showrunners ont anticipé une annulation de The Society et nous dévoilent alors un futur où Allie (la femme blonde ?) a retrouvé son poste de Maire et gère désormais la ville de New Ham avec sérénité.
2. Soit un éventuel futur, où nous voyons New Ham devenir une ville apaisée.

Dans les deux cas, c'est une décision assez idiote puisque montrer que l'harmonie règne désormais à New Ham spoile l'intégralité des enjeux de la série à savoir : réorganiser une société, sans adultes.

6/10

Bilan

Si The Society veut survivre à l'annulation, il faudra que la série prenne une ampleur plus dramatique, à la manière d'un The 100 ou d'un The Walking Dead, afin de captiver davantage le spectateur.
La série peut, en effet, vite tourner en rond si elle se replie sur elle-même et si elle persiste dans des intrigues trop politisées (où chacun veut le pouvoir à tout prix) et amoureuses, The Society risque fort de devenir ennuyeuse. Bien entendu, la qualité de The Society est que les ennemis sont à l'intérieur, mais elle devrait s'étoffer avec des menaces extérieures pour, comme je le disais, ouvrir des horizons plus divertissants.

2 Commentaires

  • Caraboy
    Le 19/06/2019 à 08h50

    Concernant la fin, à partir du moment où le nom d'Allie est écrit dans les défunts sur le tableau, il y a peu de chances que ce soit elle la femme blonde qui raconte l'histoire.

  • Loïc Marie
    Le 19/06/2019 à 14h45

    J'ai loupé son nom. Merci :)
    Quoi qu'il en soit, ça reste un mauvais cliffhanger (2).

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The Society
Note de la série :
7.9/10