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Game of Thrones - Bilan saison 8

Bilan saison 8 © HBO - 2019

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Disclaimer : Le fait que ce soit une critique implique une vision totalement subjective, et donc personnelle, en plus de ne pas être exhaustive. Vous êtes donc libres de partager votre point de vue, en accord ou non avec le mien, dans la partie « Commentaires » ci-dessous. Vos critiques constructives ou vos avis seront toujours les bienvenus. Bonne lecture !

Avril 2019, HBO entame la diffusion de l’ultime saison de Game of Thrones après vingt mois de production titanesque et tout autant d’attente interminable pour les fans. Pour ce qui est sans doute l’événement télévisuel de l’année, voire de la décennie, la mission de conclure cette saga de tous les records s’est révélée inévitablement ardue. Avec l’attente et l’espoir de dizaines de millions de fans à travers le monde comme épée de Damoclès, Les showrunners David Benioff et D.B. Weiss ont donné le jour à ce dénouement avec une pression sans précédent. Critiqués pour leurs choix créatifs – aujourd’hui assumés - la saison dernière, le duo a abordé le climax de leur carrière en marchant sur des œufs, le tout sous les yeux intransigeants des téléspectateurs investis dans l’intrigue depuis sept ans. S’il était bien entendu impossible de satisfaire tout le monde, reste que les équipes créatives ne pouvaient rater le coche de trouver un juste milieu entre le fond très dense de cet épilogue et la forme épique qu’il impose. Cette saison finale est-elle à la hauteur de l’engouement qu’elle a suscité ? Retour sur ce qui a fait, ou pas, cette saison événement ! Pour plus de détails sur les épisodes en eux-mêmes, je vous invite à lire mes critiques hebdomadaires beaucoup plus complètes que ce bilan.

7 heures et quelques minutes

Annoncée comme la plus courte de toute la série avec seulement six épisodes, cette huitième saison présageait tout de même d’une conclusion XXL avec des épisodes prévus pour être des mini-films d’une heure et demie chacun. Pas forcément une bonne nouvelle puisque la série a déjà prouvé que longueur ne rimait pas automatiquement avec qualité. Au final, les épisodes ont oscillés entre 54 et 82 minutes. Cela peut paraître suffisant mais dans le cas de Game of Thrones, il ne faut pas oublier que sept années d’intrigues finement brodées, de prophéties et de destinées attendaient une conclusion qui se devait tout sauf d’être expédiée. En choisissant d’inscrire leur dénouement sur une courte saison, les deux showrunners se sont tiré une balle dans le pied. Sans être un partisan du choix de plus d’épisodes, voire de saisons supplémentaires selon les fans, force est de constater que cette ultime saison laisse un goût d’inachevé. Au sortir de l’épisode final et avec la perspective de toute la saison, on ne peut que réaliser le rush vers la ligne d’arrivée auquel se sont adonnés Benioff et Weiss. Ni plus ni moins qu’un sabotage de leur travail sur la série ces sept dernières années alors qu’ils avaient bâti le succès de Game of Thrones sur leur volonté de soigneusement caractériser ses personnages et développer ses intrigues. De quoi déboussoler les fans du show qui ont assisté, impuissants, aux revirements de comportements de certains de leurs personnages favoris. La transformation de Daenerys en Mad Queen à la vitesse de l’éclair en est l’exemple le plus flagrant. Sans prendre le temps de mettre en scène cette descente aux enfers dans les détails, ce twist ô combien important passe pour une grosse ficelle scénaristique vulgairement dissimulée. Un massacre en règle, à coups de facilités narratives donc, où David Benioff et D.B. Weiss ont décidé de passer sous silence des pans entiers d’intrigues développées pendant des années en décidant tout simplement de ne pas y apporter de réponses. En essayant à tout prix de déjouer les théories des fans les plus aguerris, le duo de showrunners s’est tout simplement perdu.

En accédant au succès qu’on lui connaît, Game of Thrones s’est probablement sacrifiée en cédant aux sirènes du divertissement grand public, perdant en chemin toute sa nuance et sa volonté de se raconter autrement. Un tort qu’on ne peut pas uniquement imputer aux showrunners ceci-dit. Ils restent néanmoins régulièrement critiqués sur leur vision de l’univers de George R.R. Martin depuis qu’ils ont dépassé son matériel d’origine à savoir la saga littéraire de ce dernier. Des reproches davantage d’actualité quand il s’agit de conclure une histoire sur un support alors qu’elle se perpétue toujours sur un autre. Un phénomène dont souffre en permanence The Walking Dead par exemple. Ajoutez à cela le fait que la convergence naturelle des intrigues ne permettait qu’une très faible marge de manœuvre et vous comprendrez que conclure Game of Thrones fut une entreprise délicate. Ce qui n’excuse pas certains choix artistiques déplorables bien entendu. J’ai personnellement décidé de ne pas tenir compte des choix scénaristiques sur le sort des personnages afin de ne pas gâcher mon expérience de cette longue fin. J’ai ainsi préféré me concentrer sur le voyage tout entier plutôt que sur la seule destination de celui-ci. Mon plus grand regret restant néanmoins l’abandon total du versant mystique de la série au profit d’une simple conclusion militaro-politique.

All Star Game

Pour mettre en œuvre ce grand dénouement, Benioff et Weiss ont fait appel à la crème de la crème des créatifs qui sont passés derrière la caméra jusqu’ici. Commençons par le retour de David Nutter à la mise en scène après que celui-ci ait du quitter les plateaux de Westeros pour cause de maladie. Le lauréat d’un Emmy Award de la meilleure réalisation pour le season finale de la cinquième saison Mother’s Mercy s’est vu confié la mise en scène de la moitié de cette ultime saison. Le réalisateur nous a offert le mesuré mais néanmoins nécessaire season premiere Winterfell sur un scénario de David Hill (Eastwatch, Home). Avec sa vision moins blockbustersque de l’univers de la série, David Nutter s’est imposé comme l’homme de la situation pour donner toute l’ampleur nécessaire au A Knight of the Seven Kingdoms de l’excellent scénariste Bryan Cogman. Ce second épisode a prouvé que la série pouvait aussi être intéressante loin de ses désormais fameuses séquences d’action. Nutter et Cogman ont offert une antichambre subtile et soignée au climax The Long Night et sans aucun doute l’épisode le plus maîtrisé de cette ultime saison. Bryan Cogman qui s’est régulièrement fait remarquer tout au long de son travail sur la série vient d’ailleurs d’être débauché par Prime Video (la plate-forme de VOD d’Amazon) pour un autre chantier titanesque : l’écriture de la série Le Seigneur des Anneaux.

Autre valeur sûre, Miguel Sapochnik s’est vu quant à lui vu confier The Long Night, LE climax de la série. Malgré une narration bancale et une barre placée très haute sur le papier, le réalisateur s’est distingué en maîtrisant d’une main de maître cette bataille de tous les records tournée en 55 nuits. Pour son tour d’honneur, le metteur en scène prouve une dernière fois tout son talent avec l’apocalypse de feu et de cendres de The Bells. Après nous avoir offert les excellents Hardhome et Battle of the Bastards (qui lui a valu un Emmy Award), le choix de laisser la main à Miguel Sapochnik pour porter à l’écran ces deux épisodes cruciaux de la conclusion de Game of Thrones était une évidence. En parallèle, le compositeur Ramin Djawadi s’est de nouveau distingué avec des partitions pertinentes et saisissantes soulignant les moments plus décisifs, qu’ils soient un assaut épique dans la nuit sombre ou un échange plein d’émotion à la lumière de bougies. N’oublions pas la plus value apportée par certains comédiens dont les très justes et charismatiques Lena Headey et Conleth Hill ou encore les piquants Peter Dinklage et Maisie Williams. Pour son personnage au cœur de l’action, Emilia Clarke a quant à elle délivré une prestation convaincante. Relayé au second plan de part la densité des intrigues, le casting s’est plutôt bien débrouillé malgré un tournage hors-norme éprouvant.

Si la production a pioché les meilleurs atouts de son jeu, elle a aussi fait le choix dommageable de laisser à David Benioff et D.B. Weiss l’écriture des quatre derniers épisodes de la série. Et c’est là que le bât blesse : je l’ai régulièrement rappelé dans mes critiques hebdomadaires, les deux showrunners ne sont pas de bons scénaristes. Et encore moins des metteurs en scène. En témoigne le series finale The Iron Throne qui conclut la série sur un épisode laborieux à la mise en scène scolaire indigne de l’ambition affichée par le show pour sa fin évènementielle. Benioff et Weiss auraient clairement dû ne s’occuper que de la mise en œuvre globale de cette conclusion XXL et laisser la main à d’autres créatifs autrement plus talentueux qu’eux pour la mise en scène et l’écriture. Il ne faut néanmoins pas oublier que le duo est à l’origine de cette adaptation risquée de l’œuvre gargantuesque de George R.R. Martin et ce malgré un curriculum vitae peu fourni. Un travail de longue haleine qui a plu au géant Disney qui vient de confier au duo une nouvelle trilogie de la franchise Star Wars. Une nouvelle qui fait déjà bondir les fans de la saga galactique qui doivent néanmoins se rassurer : il est n’est pas question pour Benioff et Weiss d’écrire une toute nouvelle intrigue mais bien d’adapter du matériel existant (papier ou vidéoludique) comme ils l’ont fait pour Game of Thrones.

Les petites mains

Narrativement inégale, cette huitième et ultime saison constitue néanmoins la figure de proue d’un savoir faire technique peaufiné pendant sept ans et largement salué par la critique et le public. Une véritable fierté pour HBO qui s’en ai fait l’écho chaque semaine avec ses vidéos « Inside the Game » qui revenait sur les secrets de fabrication des épisodes. Moins léché mais tout aussi intéressant, le documentaire The Last Watch diffusé par la chaîne a rendu hommage à l’armée de petites mains qui ont fait la série. La documentariste Jeanie Finlay a vécu la production hors-norme de cette dernière saison pendant un an et demi aux côtés d’hommes et de femmes de l’ombre aux métiers insoupçonnés comme celui de Del Reid, responsable de la fausse neige sur les plateaux. En immersion totale, on suit également Sarah Gower, spécialiste des prothèses et de maquillage, intégrer tant bien que mal une machine aussi bien huilée que la production de Game of Thrones. À travers ces petites scènes d’un monde bien loin de celui des projecteurs et des tapis rouges, le documentaire montre tout l’investissement personnel des centaines de professionnels de domaines divers et variés dans des usines à gaz aussi éreintantes que les onze semaines de tournage nocturne de The Long Night.

Des pyrotechniciens aux charpentiers et autres peintres qui ont construit une véritable Port-Réal (pour finalement la détruire) cette ultime saison de Game of Thrones n’a pu exister que grâce à ces petites mains habiles capables de prouesses techniques rarissimes pour le petit écran. Deborah Riley, directrice artistique des décors de la série depuis quelques années, conclut son travail sur ces mots qui trouvent un écho chez toutes les pontes de la production : « Je pense que cette saison a atteint les limites de ce qu’on était capables de faire. Tout le monde réalise que la série doit maintenant se finir car il est impossible de faire plus gros ». En effet, la production n’a pas lésiné sur les moyens financiers et techniques pour les derniers épisodes de la série. Recours accru (et bénéfique) aux effets spéciaux pratiques, effets spéciaux numériques soigneusement confectionnés, matériel de captation de pointe etc... L’investissement s’est clairement vu à l’écran et a permis au show de se conclure avec une mise en scène et une photographie d’exception à défaut d’une narration solide.

Records en série

Pour la saga de tous les records – ou presque – cet ultime volet s’annonçait comme un événement avant même sa diffusion qui succédait à vingt longs mois d’attente. Un engouement qui s’est vérifié semaine après semaine, explosant les records d’audience de la série en plus de ceux de HBO. En témoigne les crashs réguliers des serveurs de la chaîne à péage submergés par les vagues de fans avides de découvrir la fin de l’histoire. Des problèmes techniques rencontrés un peu partout dans le monde et notamment chez OCS qui diffuse la série en exclusivité en France. 19,3 millions d’américains ont assisté à la fin de la série le soir de sa diffusion. En comparaison, douze ans auparavant, le series finale de la culte The Sopranos attirait 13,4 millions de fans. La semaine précédent le final de Game of Thrones, CBS diffusait quant à elle la fin d’une sitcom toute aussi culte The Big Bang Theory et réunissait 18 millions de téléspectateurs. Carton plein pour HBO qui décroche donc le jackpot et se permet de rivaliser avec les networks historiques déjà handicapés par la fulgurante ascension de Netflix & Co. D’autres chiffres permettent néanmoins de relativiser ces records. Indéniable succès d’audience, cet ultime volet n’est certainement pas un succès critique et encore moins une réussite pour les fans qui ont sévèrement sanctionné leur show. Les six épisodes de la saison sont les moins bien notés sur la plateforme référence IMDb (4,3/10 pour The Iron Throne, le premier du classement étant l’exceptionnel The Winds of Winter avec son 9,9/10). Du côté de Rotten Tomatoes, autre référence, cette ultime saison est certifiée « fraîche » à 55% par les téléspectateurs tandis que toutes les autres saisons du show culminent à 90% et plus. Des performances limitées qui n'ont pas empêchées HBO de présenter certains de ces épisodes aux sélections des prochains Emmy Awards, s'attirant par la même occasion les moqueries des internautes.

La production de la série n’a pas lésiné sur les moyens pour protéger son précieux investissement. Des mesures de sécurité à la hauteur de l’événement ont été prises pour conserver le secret sur la résolution des intrigues de la série. Le documentaire The Last Watch en montre certaines comme la destruction des scripts papier à l’issue des reading tables ou encore des faux scénarios, de quoi déstabiliser les comédiens eux-mêmes qui ne croyaient plus à ce qu’ils lisaient. Les plateaux ont également été surveillés par des drones en plus des équipes de sécurité habituelles. Des astuces plus inédites ont aussi vu le jour comme cet immense mur de containers censé protéger des regards indiscrets le décor de Port-Réal de l’épisode The Bells qui aura nécessité pas moins de sept mois de travail. Des comédiens dont les personnages avaient disparus (comme Jaqen H’ghar ou le Night King) ont même été dépêchés sur le tournage du series finale pour brouiller les pistes. Des mesures de sécurité pas si rare que ça de nos jours puisque Marvel Studios a usé des mêmes subterfuges pour son tout aussi événementiel Avengers Endgame tandis que Amazon s’est doté d’une writing room aux airs de château fort pour son Seigneur des Anneaux à venir. Des mesures extrêmes qui se limitent à la production même des épisodes. Le produit final une fois transmis aux différents opérateurs de diffusion à travers le monde, impossible de maîtriser leur sécurité. C’est ainsi que les épisodes ont fuité sur internet peu avant leur diffusion officielle chaque semaine. Ce qui n’a pas empêché Game of Thrones de pulvériser des records d’audience à la télévision au même titre que ceux du piratage sur internet.

L’après Game of Thrones 

Nul besoin d’être un spécialiste pour deviner que le nombre d’abonnés à HBO va drastiquement baisser après la disparition de son emblème. Mais la chaîne à péage compte bien conserver sa place au soleil grâce à une image de marque intelligemment cultivée grâce à des projets audacieux à l’image de la mini-série Chernobyl qui bat tous les records de popularité sur internet. Elle investira d’ailleurs le genre super-héros avec la très attendue adaptation du comics DC Watchmen par Damon Lindelof (LOST, The Leftovers). La prudence est de circonstance chez HBO qui ne semble pas pressée de profiter du potentiel de l’univers de Game of Thrones. Casey Bloys, le président en charge de la grille des programmes de la chaîne, vient de confirmer qu’un seul des projets de spin-off sur les cinq étudiés donnera lieu à un pilot réalisé par Jane Goldman. Il s’agirait d’un prequel situé plusieurs milliers d’années avant l’intrigue de Game of Thrones et qui aurait pour sujet la création des White Walkers comme vu dans le remarquable The Door.

Le succès de la série a fait tourner les têtes des networks concurrents qui se sont mis en quête de trouver le nouveau Game of Thrones. Un Graal recherché de bien des manières. Beaucoup optent pour des projets audacieux et singuliers en fouillant scrupuleusement les librairies à la recherche d’une pépite. À l’inverse, les surpuissances du divertissement sortent l’artillerie lourde du blockbuster. Disney produit en ce moment même plusieurs séries Marvel avec des personnages issus de son univers cinéma. On est loin de l’hypocrisie créative du deal Marvel/Netflix qui voyaient des personnages évoluer dans un même univers sans qu’ils ne puissent franchir la barrière entre cinéma et télévision. Jon Favreau quant à lui (Iron Man, Le Roi Lion) s’est vu confier une audacieuse série Star Wars appelée The Mandolarian et qui suscite un grand intérêt au fur et à mesure de sa production. Comme évoqué plus haut, Amazon semble vouloir concilier audace créative et divertissement grand public avec son Seigneur des Anneaux pour lequel elle a déjà dépensé un milliard de dollars. Un montant record qui couvre l’acquisition des droits aux héritiers de Tolkien et la production de plusieurs saisons d’un prequel à l’histoire que Peter Jackson a porté sur le grand écran avec sa trilogie culte. Une manière de surfer sur la tendance fantasy relancée par Game of Thrones qui repose désormais au panthéon du petit écran.

J’en profite pour vous remercier de m’avoir suivi et d’avoir partagé votre avis chaque semaine. Ce fut un immense plaisir, doublé d’un réel honneur, de pouvoir écrire sur Game of Thrones ces trois dernières années. Je vous souhaite une bonne fin de saison télévisuelle et vous dit à bientôt pour d’autres critiques !

6/10

Bilan

Ultime saison inégale à la narration classique presque bâclée. Game of Thrones se termine sur une inexplicable course contre la montre qui dynamite plusieurs années d’intrigues soigneusement construites et de caractérisation des personnages finement brodée. Le navire (narratif) qui commençait déjà à prendre l’eau la saison dernière est sauvé du naufrage par le savoir-faire technique et créatif d’exception des équipes de terrain qui permettent de conclure la série sur une note honorable.

2 Commentaires

  • Hantson
    Le 23/06/2019 à 13h46

    Game of thrones , en vraie , c'est pas si ouf

  • Dram
    Le 09/11/2019 à 14h42

    La pire saison et la pire fin pour assassiner une belle série.

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