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Big Little Lies - Bilan saison 2

Bilan saison 2 © HBO - 2019

Attention : vous devez avoir vu la saison avant de lire cette critique.

Synopsis : L’arrivée de Mary Louise Wright à Monterey relance les interrogations sur la mort de son fils jusqu’ici considérée comme un accident.

Big Little Lies s’est imposée dans le palmarès des meilleures séries de l’année 2017 en devenant un indéniable succès critique à l’issue de ses sept épisodes. Aux côtés de la percutante première saison de The Handmaid’s Tale, la mini-série d’HBO survole la 69ème cérémonie des Primetime Emmy Awards et en rafle plusieurs dont ceux de Meilleure mini-série et Meilleure réalisation. Même succès aux Golden Globes la même année.

Renouvellement surprise

De quoi donner des idées à HBO, prête à renverser les codes pour surfer sur le succès de Big Little Lies. Techniquement, une mini-série n’ouvre pas à une suite. On peut éventuellement parler de mini-série d’anthologie si les différentes saisons se déroulent dans le même univers ou adoptent un même thème tout en restant indépendantes. C’est le cas du American Crime Story de Ryan Murphy par exemple, qui évoque un crime (ou un évènement dramatique d’ampleur) largement médiatisé à chaque saison.

Mais c’est bien d’une suite dont la chaîne à péage a envie, et ce malgré le format mini-série. Elle va alors s’adresser directement à Liane Moriarty (l’auteure du best-seller duquel Big Little Lies est adaptée) pour écrire une histoire originale. La chaîne obtient le soutien des comédiennes et productrices Reese Witherspoon et de Nicole Kidman à l’origine de l’adaptation du roman. David E. Kelley, créateur de la série salué pour son adaptation du matériel d’origine, rempile également. Tous se mettent d’accord : cette seconde saison existera si et seulement si elle s’avère d’aussi bonne facture que la première.

Un contretemps d’ampleur vient néanmoins entacher le renouvellement déjà bien avancé de la mini-série. Jean-Marc Vallée, réalisateur acclamé de la première saison, refuse d’embarquer dans une suite qui pourrait « gâcher » la mini-série. Le metteur en scène reste néanmoins dans les murs d’HBO pour réaliser Sharp Objects l’année suivante. Les rênes de cette seconde saison sont alors confiées à la réalisatrice britannique Andrea Arnold (Transparent) tandis que David E. Kelley s’associe à l’auteure Liane Moriarty pour signer les sept épisodes qui la composeront. C’est ainsi que, deux ans après son succès originel, Big Little Lies fait un retour inédit sur le petit écran.

Conséquences

En faisant directement appel à Liane Moriarty, HBO assure une suite cohérente à l’histoire évoquée en première saison. Qui mieux que l’auteure en personne pour mettre sur pied une historie originale digne de l’adaptation de David E. Kelley ? Résultat, l’intrigue principale de cette suite évoque logiquement les conséquences de la mort de l’instable et très violent Perry Wright (Alexander Skarsgård). Nous retrouvons donc les protagonistes de l’histoire deux mois après le drame, à la fin de l’été. De manière globale, l’intrigue de ce sequel est moins dense, voire plus légère. La narration adopte d’ailleurs une exécution linéaire alors que la première saison jonglait intelligemment avec les différentes temporalités de l’intrigue. Les deux scénaristes sont donc allés droit au but, quitte à user de raccourcis et de ficelles un peu trop faciles. De quoi décevoir la critique qui trouve que la série a perdu de sa superbe avec cette suite imposée. Au-delà de ces différences, l’équipe créative a reproduit la même recette qui avait fait le succès originel de la série : la progression de la narration est constante, au même titre que la pression qui monte au fur et à mesure des épisodes. En clair, l’étau se resserre petit à petit sur ces cinq mères de familles.

La construction de l’intrigue principale est donc toujours aussi maîtrisée. Cette dernière est d’ailleurs nourrie par l’ajout des deux personnages, des mères, qui apportent un regard neuf sur les conséquences du meurtre et du mensonge qui l’ont suivi. Un grand soin a été apporté à l’élément perturbateur qu’est l’arrivée de Mary Louise, interprétée par Meryl Streep, à Monterey. Ses interventions sont hautement pertinentes et ne viennent en rien déstabiliser ce qui a été construit jusqu’ici. Les deux épisodes finaux consacrés à la bataille judiciaire entre elle et Celeste (Nicole Kidman) jouissent quant à eux d’une mise en scène sobre au service de la prestation des comédiennes. Bien que les séquences du tribunal soient maîtrisées, elles occupent le devant de la scène d’une façon peu naturelle qui finit par nous sortir de l’intrigue principale de la série (quand bien même elles en dépendent). Cependant, elles alimentent astucieusement le thème omniprésent de la maternité.

Autant dire qu’avec des comédiennes de ce rang, et des auteurs ayant déjà prouvé leur talent, on pouvait prévoir – sauf accident industriel – que tout irait plutôt bien. La vraie surprise vient du personnage d’Elizabeth (Crystal Fox), mère aussi énigmatique que charismatique de Bonnie (Zoë Kravitz). Cette dernière, rongée par le meurtre qu’elle a commis, traverse une sombre période de remise en question. Appelée à la rescousse par son gendre, la mère débarque à Monterey en jetant un voile mystique appréciable sur l’intrigue, tout en conservant le réalisme de celle-ci. Ce pan de l’intrigue aurait mérité d’être davantage développé, la justesse des deux actrices offrant une base solide à cette histoire d’une surprenante pertinence. Tout fonctionne et pourtant, la seconde partie de saison enterrent ces deux personnages et leur relation particulière dans une chambre d’hôpital au profit de la bataille judiciaire. Il y avait pourtant de quoi faire, notamment en lieu et place de ces scénettes ô combien superflues dans les différents cafés branchés de Monterey. Elles n’ont servi qu’à remplir les trous où à offrir quelques secondes de temps d’écran à des personnages secondaires, en particulier les pères de famille, tout aussi dispensables. Ce sequel s’articule donc autour d’une intrigue principale XXL plutôt que sur le classique schéma d’une intrigue principale accompagnée d’intrigues secondaires. Un moindre mal vu la qualité de ces dernières qui n’ont pas su vivre correctement en première saison.

Cette suite souffre d’un faux départ qui aurait bien pu lui être fatal si les équipes créatives n’avaient pas rapidement rectifié le tir. Le season premiere peine à nous remettre dans le bain et il faudra attendre l’épisode suivant pour enfin entrer dans le vif du sujet. De manière générale, la première partie de saison est en deçà de la seconde. Big Little Lies avait pris un certain temps avant d’atteindre sa vitesse de croisière et cela se vérifie encore à l’occasion de ce sequel. Chaque début d’épisode montre un morceau de flashbacks de la chute mortelle de Perry deux mois plus tôt. Quelques images au ralenti et le choc de chacune des concernées comme rappel régulier des enjeux de ce mensonge. Des techniques de narrations visuelles largement utilisées par Big Little Lies et dont je suis friand. Flashbacks, flashforwards, cauchemars et autres fantasmes viennent activement nourrir la caractérisation des personnages. À noter l’importance de l’eau de l’océan Pacifique qui, tantôt calme et profond tantôt violent et agité, agit comme un miroir de la psyché tourmentées des Monterey Five. Le tout souligné par une bande originale toujours aussi soignée regorgeant de pépites musicales.

Les Monterey Five vs le reste du monde

Surnommées ainsi par le reste des habitants de la ville parce qu’elles sont les seules témoins visuels de Perry Wright, les Monterey Five occupent naturellement le devant de la scène. Les prestations des comédiennes, dont certaines ont donné lieu à de prestigieuses récompenses, sont dans la lignée de celles de la première saison. On regrettera néanmoins le comportement agaçant au possible de Renata (Laura Dern) et Madeline (Reese Witherspoon). Une écriture caricaturale bien heureusement corrigée en seconde partie de saison quand les deux mères de famille sont rattrapées par des drames personnels, offrant ainsi à leurs interprètes un meilleur rôle à jouer. Les personnages de Jane et Celeste, toutes deux victimes du même homme toxique, sont toujours aussi finement écrits. Ils bénéficient des prestations de la touchante Shailene Woodley et de la saisissante Nicole Kidman qui marquent l’écran. Zoë Kravitz, quant à elle, s’en sort honorablement dans le rôle plus subtil et mesuré de son personnage Bonnie qui aurait mérité d’être davantage traité.

Nouvelle venue, Meryl Streep se fait une place de choix au sein d’un casting bien installé. L’actrice américaine multi-oscarisée endosse le rôle de la froide et manipulatrice Mary Louise, à la recherche de la vérité sur la mort de son fils. On aurait pu s’attendre à ce que les projecteurs soient braqués sur elle mais c’était sans compter la clairvoyance de l’équipe créative : ce nouveau personnage est utilisé avec parcimonie et pertinence. Meryl Streep crève l’écran et l’inonde de charisme malgré la retenue imposée par son personnage. Une greffe réussie qui insuffle un vent d’air frais à ce sequel sur lequel plane le spectre de la redite.

À intrigue plus ramassée, scène plus étroite. Le casting secondaire, composé des pères de famille et des enfants, bataille pour quelques secondes de temps d’écran à l’occasion de séquences pour la plupart anecdotiques. Les chanceux comme Adam Scott héritent de rôles peu intéressants : son personnage, rongé par la haine d’avoir été trompé par sa femme, ne décroche que quelques phrases par épisode. Côté cour d’école, les enfants ne sont plus instrumentalisés par leurs parents mais victimes de leurs agissements. Quand bien même ils vivent dans un environnement aisé, ils sont exposés à des situations difficiles qui influent sur leur développement psychologique. Parmi tous, Iain Armitage (Young Sheldon) qui joue le petit Ziggy est toujours aussi excellent.

Machine arrière

Ce sequel improbable est confié à la réalisatrice Andrea Arnold qui collectionne déjà un Oscar, deux BAFTA et un Prix du Jury à Cannes. Autant dire qu’HBO vise l’excellence et peut se permettre de lui donner carte blanche. Avec son fidèle directeur de la photographie Jim Frohna à ses côtés, Arnold impose son propre univers créatif à Big Little Lies : une mise en scène au plus près des personnages et au service de leurs émotions. À l’écran, cela se traduit par moins de décors différents, un casting secondaire écrémé et plus de temps passé avec les cinq anti-héroïnes. Une vision créative qui aurait beaucoup plu à HBO chez qui, contre toute attente, souffle un vent de panique en pleine post-production de cette seconde saison.

La chaîne à péage fait machine arrière et opère un revirement de dernière minute : Jean-Marc Vallée est rappelé en urgence pour superviser le montage des sept épisodes malgré son refus catégorique d’être associé à une suite. En réalité, c’est une véritable bataille créative, de laquelle Andrea Arnold sortira grande perdante, qui se joue en coulisses. Malgré la carte blanche laissée à la réalisatrice britannique, HBO et David E. Kelley auraient décidé de cette reprise en main en pleine production de la saison sans l’en informer.

Au final, la simple supervision du montage de la saison s’avèrera être une reconstruction totale par le réalisateur originel Jean-Marc Vallée. Le montage qui avait été délocalisé en Angleterre revient entre les mains des équipes du metteur en scène canadien à Montréal. Ce dernier opère de lourdes coupes dans la longueur des épisodes qui finiront par durer une moyenne de cinquante minutes contre une heure sous la direction de sa consœur britannique. Effrayée par un changement de ton trop radical, HBO impose ainsi une cohérence visuelle avec la première saison. Jean-Marc Vallée réintroduit alors de nombreuses images sous forme de flashbacks, sa marque de fabrique sur Big Little Lies, pour lier les deux saisons. D’où le chiffre inédit de quinze monteurs crédités au générique pour un aussi petit nombre d’épisodes.

Pire encore, une quinzaine de jours de reshoots ont été nécessaires pour compléter cette refonte massive de la saison. Un tournage sous la direction précise et verrouillée de Jean-Marc Vallée à qui la production a donné toutes les clés pour arriver à ses fins. Le tout face à une Andrea Arnold impuissante qui, en plus de s’être faite reléguée sur le banc de touche, voit son œuvre complètement défigurée. Résultat, une photographie hybride qui laisse entrevoir les univers différents des deux équipes créatives. Si le montage global de la saison est cohérent, il souffre de quelques accrocs dans les détails à cause des lourdes modifications voulues par HBO. La chaîne à péage se défend tant bien que mal et parle de désinformation tandis qu’elle insiste sur le fait que l’intervention de Jean-Marc Vallée pour « peaufiner » les épisodes avait été actée depuis de départ. Au final, si le drame qui s’est joué en coulisses ne transparait pas réellement à l’écran, il laisse un sequel narrativement moins saisissant à l’identité visuelle plus classique.


Bilan

Nous quittons Monterey un soir de pluie où, rongées par le mensonge, les cinq mères de famille pénètrent dans le commissariat de la petite ville côtière pour avouer toute la vérité. De manière globale, ce sequel a été plutôt décevant pour la critique qui regrette que Big Little Lies ait perdue de sa superbe, remettant directement en question l’existence de cette suite. Le public quant à lui a été plus nombreux à suivre l’intimité des Monterey Five avec une moyenne de 1,64 millions de téléspectateurs devant leur poste contre 1,17 millions la première saison. Le finale a même réalisé le record d’audience de la série en cumulant 3 millions de téléspectateurs toutes plateformes de diffusion confondues. Malgré ces chiffres en hausse, la part de marché sur la cible prioritaire des 18-49 ans est rigoureusement restée la même. Sur Rotten Tomatoes, la série qui atteignait presque le score de 100% en première saison accuse une légère baisse des notes données par les critiques et les téléspectateurs. L'épisode final de cette deuxième saison, qui cristallise la majorité des critiques négatives, accuse un sérieux revers avec un très mauvais score.

Mon avis personnel s’équilibre entre la réception critique et publique que je cite ci-dessus. Ce sequel était-il nécessaire ? Non. La mini-série portée par Jean-Marc Vallée et David E. Kelley se suffisait à elle-même. Je suis partisan de laisser une place (ô combien nécessaire) à l’imagination. Cette suite était-elle intéressante ? Plutôt oui. Hormis le faux départ de la saison, je n’ai pas été touché par un quelconque désintérêt lors du visionnage. La présence de l’auteure Liane Moriarty à l’écriture y est sûrement pour quelque chose. Si l’intrigue de ce sequel emprunte le même schéma, elle parvient tout de même à évoluer pour proposer une extension certes dispensable, mais pas dénuée de sens. Cette saison était-elle réussie ? Globalement oui. Et ce malgré les dissensions créatives que j’ai d’ailleurs découvertes en rédigeant ce bilan. Ce qui nous fait dire que ce sequel aurait pu être aussi excellent que la saison originelle si Jean-Marc Vallée avait rempilé pour la réalisation ou si, à l’inverse, la vision créative d’Andrea Arnold avait été respectée.

7/10

Bilan

Sequel dispensable qui n’en est pas moins dénué de sens. L’intrigue évolue de manière pertinente, portée par les prestations justes et solides du casting principal. Les deux saisons forment ainsi un tout cohérent qui perd tout de même son excellence en cours de route.

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