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Atypical - Bilan saison 3

Bilan saison 3 © Netflix - 2019

Attention : vous devez avoir vu la saison entièrement avant de lire cette critique.

Atypical souffle sa troisième bougie sur Netflix qui vient d’annoncer que son coming-of-age show connaîtra une quatrième et ultime saison en 2021. Cette année, la création ô combien feel good de Robia Rashid plonge son héros, le jeune autiste Sam Gardner, au cœur d’un tournant crucial de la vie d’étudiant : l’entrée à l’université. Plutôt tableau d’honneur ou session de rattrapage cette saison ? Verdict.

Rite de passage

L’intrigue principale de cette saison ayant été largement préparée l’année dernière, on retrouve Atypical en terrain connu. Robia Rashid continue d’étoffer son singulier héros avec un rite de passage familier à savoir l’entrée à l’université et, par conséquent, les méandres de l’adulescence entre réflexes d’ado et premières responsabilités d’adulte. Si ce n’était pas assez évident, Sam Gardner le dit lui-même : il s’agit d’une véritable mue. Traiter cette épreuve à travers le prisme de l’autisme c’est bien, le faire correctement c’est mieux. Chaque épreuve que Sam traversera à l’université sera au mieux expédiée et au pire survolée. Un mal caractéristique de la série qui souffre d’un manque cruel d’enjeu et le dynamitage systématique de ces derniers quand ils font leur apparition.

On notera néanmoins cette ode indispensable aux underdogs, majorité silencieuse des étudiants, avec ses nerds complexés ou ses handicapés sociaux bien loin des cool kids clichés des séries pour ados. En filigrane, Atypical honore également ces piliers que nous retrouvons en dehors de la cellule familiale bien souvent instable : amis, collègues, groupes de parole et même enseignants sont ici montrés comme des repères essentiels pour tous. Cette troisième saison se repose néanmoins sur les lauriers des rares points positifs de la seconde. Robia Rashid n’enrichit sa vision de l’autisme que de resucées et d’évidences qui installent dès le season premiere un sentiment de déjà-vu dont on ne se débarrassera pas.

Amour, sexe et amitié transpirent les poncifs du teen drama tandis qu’on se demande si la salle d’écriture n’a pas été désertée entre les deux saisons. La faiblarde intrigue principale - flanquée de quelques intrigues secondaires qui le sont tout autant - est étirée sur les dix épisodes d’une demi-heure. En résulte l’impression d’un épisode géant de cinq heures à la narration lisse et prévisible. Le tout, hautement binge-watchable, brille par sa complétude : tout est bien qui finit bien. Tellement qu’on ne semble pas avoir avancé d’un pas. Ou plutôt qu’on ait l’impression d’avoir tourné en rond. Atypical ne laisse rien en suspend mais distille tout de même le possible point de départ de sa saison finale : l’emménagement en colocation de Sam et de son meilleur ami Zahid (Nik Dodani).

Sam et les autres

Après deux saisons, l’autisme du héros n’est plus vraiment au cœur du propos tout en restant la toile de fond de la série. Maintenant que son personnage principal est bien installé, Atypical braque davantage les projecteurs sur le reste de la famille Gardner, à commencer par la benjamine Casey qui jouit d’un temps d’écran confortable. La plus grande surprise vient pourtant d’Elsa (Jennifer Jason Leigh) dont le personnage profite d’une caractérisation accrue. On est loin du comportement capricieux détestable de la mère de famille mal-aimée la saison dernière. La série souligne tous les sacrifices et l’investissement sans faille d’une mère qui met en avant le bien-être de sa famille avant le sien. On aurait apprécié que la confrontation avec sa propre mère ait été mieux amenée et fouillée. Une occasion ratée de redorer le blason d’un protagoniste sous-exploité après l’avoir volontairement sacrifié. On notera en parallèle l’inexorable descente aux enfers de Michael Rapaport dont le personnage Doug apparaît comme totalement effacé à l’écran. La cause au manque évident d’une intrigue substantielle et d’une caractérisation, ne serait-ce que minime, pour son personnage.

On retrouve le même regain d’intérêt que pour Elsa Gardner du côté d’Evan (Graham Rogers) qui s’émancipe de son carcan de simple petit-ami de Casey. Bien que secondaire, le message d’ambition et d’autonomie de ce personnage issu d’une famille modeste est tout à fait pertinent. Même fulgurance narrative pour Paige (Jenna Boyd) dont le harcèlement scolaire à l’université - et ses conséquences - présentait un intérêt notable avant que le tout ne soit gâché en pleine ascension afin que le personnage ne redevienne un ressort comique agaçant. Si le casting secondaire est davantage mis en lumière, il n’hérite cependant pas d’un traitement aussi poussé. Izzie (Fivel Stewart) ou la nouvelle venue Abby (Kimia Behpoornia) là encore ne sont que de simples faire-valoir. Évoquons également le cas de la jeune psychologue Julia (Amy Okuda) dont la présence s’avère dispensable dès la première apparition à l’écran. Fort heureusement, et malgré les intrigues creuses de leurs personnages, Keir Gilchrist et Brigette Lundy-Paine continuent de survoler le programme avec un naturel et une complicité à toute épreuve. Le casting reste globalement attachant malgré un jeu peu nuancé et des dialogues poussifs.

Crise d’identité

Après trois ans, Atypical se distingue par une incroyable continuité sur le papier comme à l’écran. Et ce quand bien même des créatifs différents se relaient d’épisode en épisode. De quoi souligner le manque de saisonnalité de la série qui semble avoir été tournée en un seul bloc. Un manque d’identité propre qui s’explique tout d’abord par une photographie tout à fait scolaire : Tom Magill (Parks and Recreation), qui signe d’ailleurs l’image des dix épisodes de cette troisième saison, ne fait guère mieux ni pire que ses prédécesseurs. Le directeur de la photographie semble suivre les codes visuels imposés par la série sans pouvoir réellement laisser sa marque personnelle.

La mise en scène quant à elle ne peut compter sur des scénarios solides pour espérer rayonner. Qu’il s’agisse de l’intrigue ou des dialogues, scénaristes novices et expérimentés, habitués de la série ou non, ne parviennent pas à mettre sur pied une quelconque narration. On se demande comment une équipe aussi large a pu produire une histoire aussi superficielle. Les épisodes écrits ou réalisés par Robia Rashid elle-même ne se démarquent pas plus que les autres. Une incompréhension totale quand, dans les détails, on relève l’expérience de certains de ces créatifs qui sont passés par les coulisses de références modernes du genre sitcom et comédie comme How I Met Your Mother, Baskets, Modern Family, Grace & Frankie, The Middle, The Office (US), Brooklyn 9-9 etc… Tout autant, si ce n’est de modèles, d’inspirations de narration visuelle et scénaristique qui ne trouvent en Atypical aucun écho. La production aurait certainement gagné à écrémer et resserrer ses rangs avec des valeurs sures et expérimentées pour cette troisième saison.

Bilan

Atypical l’avait déjà laissé entendre, elle le prouve aujourd’hui : la prise de risque n’est pas dans ses gènes. La série ne se réinvente pas et, pire, ne capitalise même plus sur les quelques fulgurances qu’elle laissait entrevoir. Son acceptable côté feel good laisse désormais place à un intolérable goût de gnangnan. À force de dédramatiser le sujet de l’autisme, les équipes créatives lui ont enlevé tout enjeu en désamorçant systématiquement toute situation dramatique. Maintenant que l’on connaît les personnages, difficile de tolérer davantage les manquements évidents dans leur traitement.

Cette saison trois devait prendre son envol mais elle vient de lamentablement s’écraser en bout de piste. Son propos nécessaire est aujourd’hui dispensable après deux saisons moyennes et une troisième plus que décevante aux airs de déjà-vu. En chouchoutant sa première création, Robia Rashid l’a de facto installée dans une torpeur dont elle pourra difficilement s’extirper pour sa quatrième et ultime saison prévue pour une diffusion courant 2021.

2/10

Bilan

L’œuvre de Robia Rashid de distingue cette année par une intrigue creuse à la narration visuelle et scénaristique superficielle. Les personnages sont livrés à eux-mêmes dans ce qui s’avère être un déjà-vu regrettable. La feel good Atypical à qui l’on pardonnait volontiers le manque de prise de risque est devenue un coming-of-age gnangnan malgré le singulier point de vue de l’autisme.

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