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FESTIVAL SERIES MANIA 2019 - ZéroStérone : Analyse et entretien avec la créatrice, Nadja Anane.

FESTIVAL SERIES MANIA 2019 - ZéroStérone : Analyse et entretien avec la créatrice, Nadja Anane. 2019 - France Télévision

Toujours dans le cadre du Festival Séries Mania, j'ai eu l'honneur de pouvoir m'entretenir avec la créatrice de la mini-série ZéroStérone, en compétition dans la catégorie court-métrage. Mais avant cela, petite analyse rapide de cette série ambitieuse, où les hommes ne sont plus qu'un lointain souvenir.

SYNOPSIS :
Cela fait 108 ans qu’il n’y a plus d’hommes sur Terre. L’humanité survit grâce aux femmes et aux dernières banques de sperme. Chaque femme a l’obligation d’être inséminée et c’est au tour de Lucie, qui se rend à sa convocation à contrecœur, accompagnée de sa sœur Charlie. Sur le chemin, elles sont prises en otage par une fugitive à la recherche du dernier homme sur Terre.

ZéroStérone

DEBRIEF :
Les hommes ont disparu, les femmes dominent désormais le monde. Voilà le pictch de la nouvelle création de Nadja Anane, Éléonore Costes, Sandy Lobry et Marion Séclin. ZéroStérone, une production dystopique sans muscles testostéronés, remplacés ici par des sourires féminins somptueux et des coupes de cheveux tout aussi sublimes.

Subtile et bienveillante, ZéroStérone s'amuse à mélanger les genres à travers une intrigue à la fois dramatique - au ton sérieux et aux propos opprimants - mais également comique, avec des situations/répliques hilarantes. Un contraste déroutant, néanmoins jubilatoire, lorsque l'on se laisse embarquer par cet aspect comico-tragique assumé, dans lequel la satire de l'homme (cf. le parc Hommeland) n'est jamais nauséabonde, provocante ou méchante, puisque le féminisme exacerbant en prend pour son grade tout comme la société de sur-consommation (100 ans plus tard, nous sommes à l'Iphone 87+).
Il faut dire que les créatrices de la série ont l’œil pour repérer les petits détails amusants de la vie quotidienne et des films de science-fiction afin de nous livrer une succession de vannes qui font mouche, à chaque dialogue.

On s'amuse donc à suivre trois héroïnes à la recherche du dernier homme sur Terre, poursuivies par des policières (nommées « les poules ») et la nouvelle présidente de cette dictature, prête à tout pour conserver un monde sans les anciens « sexes forts ».
Si la série se veut militante, elle n'est en aucun cas, comme je le précisais au-dessus, dans le féminisme primaire ou acharné, à l'image des propos d'une des « invicibles » confiant à l'héroïne incarnée par Eleonore Costes, que les hommes manquent cruellement à la société.
C'est d'ailleurs tout le propos de la série, rééquilibrer la vie. Car malgré les défauts de l'homme, son égoïsme, son égocentrisme, l'homme restera toujours une pierre angulaire au fonctionnement du monde. Et s'il est indéniable qu'il y a eu et aura toujours des grandes femmes dans l'Histoire, les hommes aussi ont contribué à essayer de rendre les choses meilleures, c'est ce que nous dévoilent notamment Hommeland et le Musée de l'Homme, malgré une apparence ridiculement comique de leurs présentations.

Côté SF, ZéroStérone n'est pas la petite série aux idées absurdes. En effet, celle-ci se donne les moyens de ses ambitions, avec la création de véritables petits gadgets digne des plus grands films de science-fiction. Bien évidemment, budget oblige, vous ne retrouverez pas de voitures volantes au design aguicheur, de pistolets lasers et autres futilités. Toutefois, cela donne un charme plutôt naturel à ZéroStérone, dont l'environnement encore très XXIème siècle crée un décalage intéressant entre le monde d'hier et celui de demain.

Conscient de son impact, ZéroStérone est une véritable pépite télévisuelle, pleine de bon sens, une ode à la femme, à l'homme et à la vie, mettant en scène des héroïnes attachantes, tendres et marrantes.
On s’assoit et on est rapidement transporté par ces jeunes femmes aux caractères bien trempés et leur robot, caricature de l'homme parfait, une image faussée, voulue, qui n'est pas aussi inconsciente qu'il n'y parait. Hâte de découvrir la suite sur France Télévisions !

FICHE TECHNIQUE :

Création & Scénario : Nadja Anane, Éléonore Costes, Sandy Lobry, Marion Séclin
Réalisation : Nadja Anane
Avec : Marion Séclin, Éléonore Costes, Sandy Lobry, Barbara Bolotner, Shirley Souagnon.
Production : La Dame de Cœur, Effervescence Fiction, France Télévisions.
Diffusion : francetv Slash




Interview avec Nadja Anane, la créatrice de ZéroStérone

Votre série se déroule 108 après une attaque biologique et il n'y a désormais plus d'hommes sur Terre. Ma première question est donc la suivante : à travers votre fiction, n'avez-vous finalement pas réalisé le fantasme de beaucoup de femmes (rire) ?
On a voulu pousser à l’extrême une situation qu’on ne souhaite évidemment pas atteindre ! (rires). Au contraire, le but de nos personnages est d’essayer de restituer l’équilibre entre les genres dans un monde dirigé par une dictatrice qui souhaite le contraire.

Plus sérieusement, comment vous est venu l'idée de scénario original ?
Nous nous sommes réunies avec Marion, Éléonore, Sandy ainsi que la productrice Judith parce que nous avions envie de bosser ensemble sur un format de série. Nous ne savions pas encore sur quel pitch partir. Nous avons mis sur la table ce qui nous faisait envie, de manière presque enfantine (on voulait du road-movie, de l’aventure, de l’urgence…). Sandy nous a proposé l’idée de départ d’un monde sans homme, qui nous a plus.
Nous avons ensuite brainstormé et tricoté un premier dossier sur la « recherche du dernier homme ». Ensuite, nous avons continué chacune de notre côté à faire nos projets en confiant le dossier à Judith, jusqu’au coup de téléphone de France TV qui s’est montré intéressé.
À partir de là, nous avons tout réécrit avec du recul et avec l’accompagnement de la chaîne, qui nous a amené dans une direction différente.

C'est d'ailleurs une série sérieuse mais aussi humoristique. Il y a des vrais moments hilarants. Ce double aspect, vous l'aviez imaginé dès le départ ?
Nous avons fait un pari risqué sur le ton : la série est légère au début, et un événement de mi-saison la fait basculer vers quelque chose de plus sombre.
Nous ne visions pas la grosse comédie, mais voulions quelque chose de vivant, sans être absurde. Les personnages peuvent être drôles d’eux-mêmes, mais nous ne voulions pas que ça efface la sensation de tension et de course-poursuite. Ainsi, quand la situation devient plus sombre, la série aussi.

Je le disais, ZéroStérone est une série au format court, chaque épisode dure environ une dizaine de minutes, pourquoi ce choix scénaristique ? Est-ce parce que le format court est celui que vous maîtrisez le mieux ?
Nous avions fantasmé une série de 10x26minutes… Mais les contraintes purement financière de France TV nous ont contraint, dès leur arrivée dans le projet, à réfléchir à un format plus court. D’où, entre autre, la réécriture totale du scénario : un changement de format n’implique pas seulement de raccourcir mais plutôt de réfléchir l’intrigue et les personnages totalement différemment. Nous avons accepté de le faire parce que nous voulions que cette série existe et qu’il nous semblait difficile de la faire naître hors du web et de ses contraintes.

Est-ce que l'avenir que vous dépeignez dans ZéroStérone est un avenir qui pourrait éventuellement arriver et/ou que vous redoutez ?
Non, l’idée était juste de faire une démonstration par l’absurde en poussant un peu les curseurs… Et surtout, on voulait s’amuser et créer un monde en changeant un paramètre, et s’amuser des aventures qui peuvent en découler.

ZéroStérone est aussi une satire de l'homme, on le voit notamment dans le parc HOMMELAND, où sont mis en scène des robots (ayant la même apparence, un seul modèle) et qui « interprètent » les grands hommes qui ont fait/marqué l'Histoire.
Une satire drôle donc, mais aussi tendre, lorsque le personnage incarné par Sandy Lobry entre dans « Le Musée de l'homme ». C'est aussi cela que vous vouliez démontrer, que l'homme est à la fois la cause de tous les maux de l'Humanité mais est aussi indispensable à son évolution, source de bonheur ?

Le Musée de l’Homme a effectivement été créé en parallèle et en réponse à Hommeland. Nous présentons deux versions de « l’homme », une plutôt négative et l’autre plutôt positive, mais toutes les deux tout aussi ridicules. Nous aimions l’idée que ces femmes qui n’ont jamais vu d’hommes les imaginent comme on imagine les dinosaures ou les vampires : certaines avec adoration, d’autres avec terreur… aucune avec réalisme. Nous pensons que le genre ne définit pas le caractère : les femmes dans notre monde sont plus ou moins méchantes ou intelligentes ou autre en fonction de qui elles sont et non en fonction de leur sexe. Pour les hommes, c’est évidemment pareil. Toute vision de l’homme résumée en un parc ne pouvait être que réductrice, et marrante à imaginer.
Dans ce parc HOMMELAND, on apprend que c'est Donald Trump qui aurait causé le début d'une attaque biologique.
Vous pensez qu'il est suffisamment fou pour causer un tel acte ? Vous ne l'avez pas choisi par hasard.

Il s’agit surtout d’une petite blague. Trump arrivait au pouvoir au moment de l’écriture du premier dossier, et je me souviens qu’on s’était amusées de cette idée : « Imaginez, elles trouvent le dernier homme… et c’est Trump !? ». Finalement, nous avons placé la blague autrement. Mais une des raisons pour laquelle nous avons placé l’intrigue dans le futur et non dans un monde parallèle est exactement ça : pouvoir placer des petites références à notre monde actuel.

« HOMMELAND », est-ce un clin d'oeil série Homeland ? (rire)
Oui ! C’est une blague que nous a fait Marion et qu’on s’est empressées de garder et d’exploiter.

Concernant le côté SF de ZéroStérone, il y a une véritable recherche dans la création de gadgets futuristes, comment les avez-vous élaboré ?
Une double création du monde devait être mise en place : un monde dans 100 ans + un monde dépeuplé, où il ne reste que des femmes. Pour le premier point, nous n’avions pas le budget pour jouer sur les voitures, créer des décors, etc… J’ai donc réfléchi avec les équipes à des détails de déco, accessoires, costume, ou FX qui mis bout à bout décalaient un peu le monde dans lequel évoluaient les héroïnes. Les équipes ont été très créatives sur ces points.

Il y a également une petite pique lancée vers la société de consommation car dans ZéroStérone on est à l'Iphone 87+ ? (rire)
Oui, ici comme pour la référence à Trump, nous voulions que notre présent soit leur passé pour pouvoir se moquer de nous même. Le personnage d’Éléonore Costes fait des « topos de Lulu », celui de Barbara se comporte comme certain(e)s fans insistant(e)s, les applications s’immiscent de plus en plus dans notre intimité (comme par exemple l’application « Journée d’Appel et de Préparation à la Procréation » qui demande l’état des sécrétions de Lucie, ou la pub pour l’appli Cyclo qui permet de suivre le cycle de la gouvernante). Plus que la société de consommation, on s’est amusées de plusieurs détails et impudeurs de notre époque.

Côté casting, racontez-nous un petit peu les choix que vous avez fait ? Qu'est-ce qui vous a motivé dans les choix de Marion Séclin, Sandy Lobry ou encore Shirley Souagnon ?
Marion, Éléonore et Sandy étaient castées dès le départ puisque nous avons créé la série ensemble. L’idée était d’ailleurs d’écrire une série où elles seraient en rôle principal et que je réaliserais. Quant aux autres : certaines comme Shirley Souagnon ou Catherine Hosmalin ont été évoquées très vite pendant le processus d’écriture, tandis que d’autres comme Barbara Bolotner ou Sabrina Aliane on été trouvées dans un processus de casting plus classique (j’ai regardé énormément de bande-démos jusqu’à tomber sur des actrices qui collaient parfaitement).
Un des points délicat et dont je suis le plus contente est la création du duo Shirley-Barbara : elles ne se connaissaient pas, et la mayonnaise a totalement pris.

L'acteur qui incarne le robot est absolument incroyable, avec son sourire blanc et sa petite coupe blonde d'homme parfait. J'imagine que cette caricature est voulue. Sa gestuelle est parfaite, confondante. Comment a-t-il réussi une telle performance ?
Je le trouve également exceptionnel. C’est Fabian Wolfrom, un acteur pourtant moins habitué aux registres comiques et qui nous apporte beaucoup d’humour dans la série. Il est venu avec une proposition sur laquelle je ne pensais pas partir mais qui était tellement maîtrisée, dans chacune de ses expressions de visage et de corps, que je l’ai laissé partir là-dessus. L’équipe HMC a également fait un très bon travail pour le rendre non seulement robotique mais aussi caricatural : je leur avait donné la référence du Ken de Barbie et Ken, une sorte « d’homme-parfait-tête-à-claque ». C’est un peu la mascotte de la série, pour nous.

Comment vous, vous voyez l'avenir ?
Moi je suis quelqu’un de plutôt optimiste : on a énormément de combats à mener dans le futur (pour des questions écologistes surtout) mais j’ai l’impression que les consciences se réveillent, que les efforts commencent à se faire, et que rien n’est perdu. C’est le rôle de la fiction de parfois proposer des scénarios catastrophes et tirés par les cheveux pour faire prendre conscience aux gens de certaines directions à éviter.

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